La scène est saisissante. Elle circule sur les réseaux sociaux, attire les likes, amuse certains, choque d'autres et questionne tout le monde. Lors d’une cérémonie de collation des grades en RDC, un étudiant arbore fièrement sur sa toque de finissant une inscription inhabituelle : « MERCI CHAT GPT », accompagnée du logo bien connu d’OpenAI. À première vue, cela peut sembler être une simple touche d’humour ou de reconnaissance à une technologie innovante. Mais à y regarder de plus près, ce geste est tout sauf anodin.
Il soulève une question brûlante : sommes-nous en train d’assister à la transformation silencieuse de l'intelligence artificielle en substitut intégral au raisonnement humain ?
L'étudiant et sa vérité nue : une génération connectée, assistée... dépendante ?
Ce geste, hautement symbolique, en dit long sur l’état d’esprit d’une génération d’étudiants de plus en plus immergés dans le numérique. Il révèle avec une brutalité honnête que dans l’université moderne, l’intelligence artificielle est devenue non pas un outil de soutien, mais une béquille centrale de réussite.
Nombreux sont ces étudiants qui ne peuvent plus rédiger une dissertation, un mémoire, une présentation orale ou même un simple devoir sans passer par ChatGPT. L’outil est devenu omniprésent : pour résumer un cours non suivi, formuler une réponse aux examens à livre ouvert, créer des exposés, corriger des fautes, structurer des mémoires, voire rédiger des thèses complètes.
Entre innovation et tricherie : la ligne de plus en plus floue
Il y a quelques années, utiliser Google ou Wikipédia pour un travail universitaire était déjà suspect. Aujourd’hui, ChatGPT pousse cette dynamique à son paroxysme : il pense, rédige, corrige, structure, reformule et adapte. Et tout cela en quelques secondes.
Les enseignants, eux, peinent à suivre. Comment détecter un texte généré par IA ? Comment prouver qu’un étudiant a simplement copié et collé ? Comment sanctionner alors que l’utilisation des outils IA est souvent faite à la maison, en toute discrétion ? L’intelligence artificielle devient un crime... parce qu’elle est impossible à surveiller.
Une déresponsabilisation intellectuelle croissante
Ce qui est alarmant, ce n’est pas tant que ChatGPT soit utilisé, mais qu’il soit devenu l’unique source de savoir pour certains étudiants. Il ne s'agit plus de compléter une réflexion personnelle, mais de remplacer le cerveau par une machine.
L’étudiant qui remercie ChatGPT sur son chapeau ne le fait pas pour la forme. Il dit tout haut ce que beaucoup vivent tout bas : sans l’IA, il n’aurait pas obtenu son diplôme.
Cela pose la question de la qualité de la formation, de la validité des diplômes, de la capacité réelle des futurs professionnels à faire face aux défis de leur secteur. Si les juristes, médecins, ingénieurs, journalistes ou économistes de demain sont formés par ChatGPT et non par une véritable maîtrise des connaissances, que vaut encore leur expertise ?
Une société miroir de ses contradictions
Mais avant de condamner l’étudiant, regardons la société. Dans un pays où les conditions d’étude sont parfois précaires, où les bibliothèques manquent, où le corps enseignant est débordé et où l’accès à des supports pédagogiques est limité, peut-on vraiment reprocher à la jeunesse d’avoir trouvé un raccourci vers le savoir ?
ChatGPT devient la bibliothèque virtuelle que l’université n’a pas offerte, le professeur patient que certains n’ont jamais eu, le correcteur impartial que beaucoup espèrent. La technologie comble des manques criants, mais elle vient aussi creuser un vide dangereux : celui de l’effort personnel.
La scène de cet étudiant remerciant publiquement ChatGPT ne doit pas être vue uniquement comme une provocation. Elle est un signal d’alarme, une photographie de l’évolution rapide (et incontrôlée) de nos rapports à la technologie dans l’éducation.
Il est urgent que les universités, les autorités éducatives et la société dans son ensemble réfléchissent à des cadres éthiques, pédagogiques et pratiques d’intégration de l’IA dans l’apprentissage. Car l’IA n’est pas l’ennemi : mal utilisée, elle l’est. Bien encadrée, elle peut être une opportunité formidable.
Mais aujourd’hui, « MERCI CHAT GPT » sonne moins comme une reconnaissance que comme un aveu de faillite du système éducatif. Et si rien n’est fait, demain, nous risquons de diplômer des esprits... qui n’ont jamais vraiment pensé.
Stony Mulumba Sha Mbuyi
