*Et l'Obtention de contrats à durée indéterminée
Une affaire d'une ampleur et d'une durée exceptionnelles secoue la Société nationale d’électricité (SNEL SA) à Kananga (Kasaï-Central), au sein de son Département stratégique de Transport Inga-Shaba. Le collectif des journalier(e)s de cette entité a lancé un cri d’alarme pour dénoncer une situation qu’ils qualifient d’"inhumaine, injuste et abusive" : trente-cinq ans de services ininterrompus sans le moindre contrat de travail.
Dans une requête urgente adressée au Directeur Général de la SNEL SA, les 28 agents concernés mettent en lumière une réalité professionnelle douloureuse : ils travaillent depuis plus de trois décennies sans reconnaissance administrative, sans sécurité sociale, sans couverture médicale, et sans la moindre formalisation de leur statut.
« 35 ans d’oubli, 35 ans d’injustice, 35 ans de silence ! » peut-on lire dans leur déclaration, une formule qui résume le désespoir accumulé par ces travailleurs au service d'une entreprise publique vitale.
Travailleurs invisibles au cœur d'une branche stratégique
Ces journaliers sont affectés au Département de Transport Inga-Shaba, une branche essentielle qui assure la transmission de l’énergie électrique à travers le pays. Malgré la nature sensible et continue de leur travail, ces agents affirment n'avoir jamais été intégrés officiellement dans les effectifs de la SNEL.
Leur situation contrevient directement au Code du travail en RDC, qui stipule qu'un employeur ne peut maintenir un travailleur en situation journalière de manière indéterminée sans contrat écrit, sous peine de se rendre coupable de précarisation abusive. Pour ces employés, le statut précaire est devenu synonyme de marginalisation institutionnelle.
« Nous sollicitons la régularisation immédiate de nos dossiers. Nous réclamons la signature de contrats à durée indéterminée à la place de cette utilisation abusive et prolongée, » précise le document.
Ils dénoncent notamment que, depuis le début des processus d'engagement au sein de la SNEL, ils ont été systématiquement ignorés, alors même qu’ils continuent d’assurer des tâches essentielles au fonctionnement de l’entreprise.
Pression de la société civile et enjeu éthique
Cette affaire est en passe de devenir un cas emblématique de la lutte pour la justice sociale au sein des entreprises publiques congolaises. Face à l’ampleur de cette injustice, plusieurs acteurs de la société civile du Kasaï Central, incluant juristes, syndicalistes, ONG et mouvements citoyens, commencent à se mobiliser pour appuyer le Collectif.
Ces voix demandent à la SNEL SA de faire preuve d’exemplarité et de régulariser sans délai ses travailleurs invisibles qui ont loyalement contribué, pendant des décennies, à la stabilité énergétique de la région.
La requête lancée par ces travailleurs n’est pas un simple appel à l’aide, mais une revendication portée par la dignité et le droit au travail décent. Le document conclut avec une tonalité ferme et résignée : « Il est temps que justice soit rendue. Il est temps d’agir. »
Le dossier est désormais entre les mains du Directeur Général de la SNEL SA. Sa décision sera observée comme un test crucial de la volonté des entreprises d’État de mettre fin à l’injustice institutionnelle et de respecter le droit congolais du travail.
Stony Mulumba Sha Mbuyi
