Ce qui devait être une formalité diplomatique s’est transformé en désaveu continental. La candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies a été bloquée par l’Union africaine (UA), après l’opposition de vingt États membres dont le Sénégal lui-même.
La Commission de l’UA a officialisé l’échec de la « procédure de silence » engagée pour faire de Macky Sall le candidat de consensus de l’Afrique. Ce mécanisme, qui valide un texte en l’absence d’objection, exige un consensus total. Or, vingt pays ont « rompu le silence » avant l’échéance du 27 mars, empêchant l’adoption du projet de décision.
Le désaveu de Dakar, coup le plus rude
Le revers le plus symbolique vient de son propre pays. Dans une note verbale datée du 27 mars, la Mission permanente du Sénégal auprès de l’UA a affirmé que « le Gouvernement du Sénégal n’a, à aucun stade, endossé cette candidature ». Dakar précise n’avoir « pas été associé à l’initiative y afférente, telle qu’entreprise par le Gouvernement du Burundi » et conclut sans ambiguïté : « le Sénégal ne saurait être considéré comme partie prenante à ladite démarche ».
Le ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Cheikh Niang, l’avait déjà martelé début mars : le Sénégal n’a pas été associé au dépôt de la candidature, qui n’a fait l’objet d’aucun endossement lors du sommet de l’UA en février.
En droit diplomatique, ce désaveu est rare. Les États soutiennent traditionnellement leurs anciens chefs d’État dans leurs ambitions internationales. Il reflète la rupture politique à Dakar depuis la fin du mandat de Macky Sall en 2024, les nouvelles autorités cherchant à redéfinir la posture diplomatique du pays.
Une initiative burundaise, pas africaine
Contrairement à certaines annonces, Macky Sall n’a jamais été le « candidat officiel de l’UA ». L’initiative a été portée par le Burundi, dont le président Évariste Ndayishimiye assure la présidence en exercice de l’UA, via le Bureau de l’Assemblée de l’organisation.
Le 26 mars, ce Bureau avait pourtant salué « sa solide expérience en leadership » et sa capacité à bâtir des consensus, activant la procédure de silence pour valider le soutien avant la date limite du 1er avril fixée par l’ONU.
L’élan s’est brisé en 24 heures. 20 oppositions, dont des poids lourds parmi les 20 États opposants figurent le Sénégal, le Nigeria, l’Afrique du Sud et la Tunisie. Abuja a justifié son veto par une « procédure incorrecte » et le respect du principe de rotation continentale, estimant que c’est au tour de l’Amérique latine et des Caraïbes de présenter un Secrétaire général.
Le Nigeria a insisté : son opposition relève « d’une question de procédure et de principe, et non d’une opposition à la personne du candidat ou à son pays d’origine ».
Une majorité silencieuse, mais pas de consensus
Le camp de Macky Sall nuance : sur les 20 États ayant « rompu le silence », 14 ont formulé une objection formelle et 6 ont seulement demandé une extension de délai. Il affirme que 35 pays n’ont émis ni objection ni demande d’extension, constituant « une base de soutien significative », et que l’Égypte et le Libéria sont revenus sur leur position. La candidature, déposée le 2 mars, « reste maintenue ».
De fait, 34 pays sur 54 se seraient prononcés en faveur de l’ancien président. Mais sans consensus, l’UA ne peut l’endosser.
Privé du parrainage continental et du soutien de son pays, Macky Sall devra, s’il persiste, mener une campagne à titre individuel. Le Burundi a indiqué qu’il continuerait à porter sa candidature au niveau international.
Ce revers intervient alors que s’ouvre la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève en décembre 2026. Pour l’ancien chef d’État sénégalais, l’échec de la procédure de silence à Addis-Abeba fragilise considérablement ses ambitions sur la scène mondiale et illustre les nouvelles lignes de fracture diplomatiques en Afrique de l’Ouest.
Roger AMANI
