L’expression « Demain nous mangeons le coq » ne désigne pas toujours un simple repas. Elle incarne bien plus : une manière d’espérer malgré les vents contraires, une stratégie de survie dans un quotidien fait d’incertitudes, et parfois, un symbole d’ironie face aux promesses non tenues.
Souvent, les vendeuses de légumes l’emploient pour rassurer leurs enfants : « aujourd’hui on gère, demain on mange le coq. » Une manière poétique de dire que, malgré la pénurie, le meilleur est à venir. Pour les fonctionnaires impayés depuis plusieurs mois, c’est une manière d’entretenir l'espoir d’une régularisation de salaire. Pour d'autres, c'est une forme douce d'excuse face à des promesses impossibles à honorer.
Dans les différents quartiers en RDC, le coq est devenu synonyme de luxe différé, de rêve suspendu. À Kananga, dans une famille de six personnes vivant à Katoka, Madame Mbuyi, mère célibataire, confie : « Manger le coq ? C’est pour les grandes occasions. Mais quand on dit 'demain on mange le coq', c’est souvent pour calmer les enfants et garder le moral. »
Entre humour et ironie face aux promesses politiques
Cette expression a aussi trouvé un écho particulier dans le domaine politique. Les citoyens ne manquent pas d’ironie en l’employant pour commenter les nombreuses promesses électorales non concrétisées : routes toujours impraticables, écoles non construites, infrastructures annoncées mais jamais sorties de terre.
« Quand un ministre promet l’électricité dans trois mois, ici on dit ‘Demain, on mange le coq’… On sait que rien ne viendra », lâche un jeune conducteur de taxi-moto du centre-ville.
La sagesse populaire kanangaise en a fait un marqueur d’attente perpétuelle. Ce « demain » devient flou, parfois infini. Pourtant, derrière cette ironie douce-amère se cache une grande capacité de résilience, voire de résistance à la précarité.
Dans la sphère culturelle, la formule inspire chansons, slogans et pièces de théâtre. Certains groupes artistiques de la ville utilisent l’expression pour dénoncer les inégalités sociales et éveiller les consciences, faisant de « demain nous mangeons le coq » un cri de ralliement ou une satire sociale.
À Tshikapa, un artiste comédien a même produit une courte série radiophonique sur ce thème, diffusée sur une chaîne communautaire locale. À travers l’humour, il met en scène une famille confrontée aux réalités du quotidien, où chaque jour, le fameux coq semble s’éloigner davantage.
Dans une ville comme Kananga, où la majorité de la population vit au jour le jour, « Demain nous mangeons le coq » est bien plus qu’une simple phrase. Elle est un miroir du vécu, de l’ingéniosité populaire et d’un espoir têtu. Elle traduit la capacité des Kanangais à affronter l’incertitude avec dignité, humour et solidarité.
Alors que 2026 débute sous des signaux contrastés – entre annonces gouvernementales et réalité du terrain – cette expression continuera sans doute d’accompagner les conversations, les frustrations et les espérances d’une population en quête de mieux-être.
