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POLITIQUE
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Dimanche 05 juillet 2026

Nombre de lectures: 114

Crise en RDC : Bujumbura réussira-t-il là où Luanda et Nairobi ont échoué?

Depuis ce week-end, c’est à Bujumbura que se déplace le centre de gravité diplomatique de la crise congolaise. À l’initiative d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, des consultations politiques réunissent une partie de l’opposition et des confessions religieuses de RDC. Les discussions porteraient sur la situation politique, sécuritaire et institutionnelle du pays.

Un casting qui tranche avec les précédentes médiations

La Coalition Article 64 a répondu présente au grand complet. Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Dieudonné Bolengetenge pour Ensemble de Moïse Katumbi et Francklin Tshiamala pour le LGD de Matata Ponyo sont arrivés dans la capitale burundaise. La coalition avait d’ailleurs reporté au 22 juillet sa marche prévue devant le Palais de la Nation pour « répondre favorablement » à l’invitation de Ndayishimiye.

Les Églises ne sont pas en reste. Mgr Donatien Nshole pour la CENCO, Éric Senga et André Bokundoa pour l’ECC, ainsi que l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia pour la plateforme des Églises de Réveil ont fait le déplacement. Une présence qui rappelle le poids moral que les confessions religieuses ont toujours eu dans les dialogues congolais, de Sun City au « Pacte social pour la paix » encore attendu à la présidence.

Pourquoi Bujumbura, et pourquoi maintenant?

Depuis trois ans, les processus de Luanda et de Nairobi peinent à produire des résultats tangibles. Le premier, piloté par l’Angola, visait la désescalade entre la RDC et le Rwanda. Le second, sous l’égide de l’EAC, cherchait à ramener les groupes armés à la table. Tous deux se sont heurtés à la méfiance des acteurs et à la persistance des combats dans l’Est. En parallèle, l’accord de Washington du 27 juin 2025, facilité par les États-Unis et le Qatar, a créé un Comité mixte de supervision RDC-Rwanda, mais sans inclure directement l’opposition congolaise.

Ndayishimiye tente donc une autre voie : parler aux forces politiques et morales internes, avant de revenir aux acteurs régionaux. « Toute voie sérieuse susceptible de favoriser la préservation de l’ordre constitutionnel mérite d’être explorée », justifie la C64 dans son communiqué lu par Delly Sesanga. La coalition dit vouloir y présenter « avec clarté et fermeté » les dangers qui pèsent sur la démocratie.

Les atouts et les faiblesses de la médiation burundaise

Le Burundi a deux cartes en main. D’abord, son président parle au nom de l’UA, ce qui donne une légitimité continentale à l’initiative. Ensuite, Gitega cultive une image de neutralité relative : ni grande puissance, ni voisin direct impliqué historiquement comme le Rwanda ou l’Ouganda.

Mais les limites sont tout aussi visibles. Le Burundi déploie lui-même des troupes dans l’Est de la RDC pour combattre le M23 aux côtés des FARDC. Accueillir l’opposition « sans mandat officiel » peut donc être perçu comme un positionnement politique, voire un « piège » qui « donne à Tshisekedi la possibilité de présenter la démarche comme une preuve que la crise est gérée par des canaux régionaux et donc sous contrôle ». Depuis l'Afrique du Sud, l’ancienne sénatrice Francine Muyumba s’interroge déjà : pourquoi ouvrir un « processus du Burundi » alors que Luanda et Nairobi n’ont rien réglé ?

Un dialogue interne avant tout?

L’originalité de Bujumbura est de miser sur les acteurs congolais eux-mêmes. Les précédents accords, de Sun City à Washington, ont souvent impliqué les belligérants armés et les voisins, laissant l’opposition civile et les Églises en marge. Or, comme le rappelle une analyse du Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « les médiateurs d’aujourd’hui voudront réaliser un pivot » vers « une réunion multipartite d’acteurs congolais » incluant opposition non armée, société civile et confessions religieuses.

C’est exactement le format testé à Bujumbura. Si Ndayishimiye parvient à faire émerger une plateforme commune C64-CENCO-ECC-ERC, il disposera d’un levier pour peser sur Kinshasa et sur les chancelleries. À l’inverse, si les discussions s’enlisent dans des postures, le « processus du Burundi » rejoindra la liste des initiatives avortées.

Et Kinshasa dans tout ça?

Pour l’instant, l’Union sacrée observe. Aucun délégué de la majorité n’a été annoncé à Bujumbura. Le président Tshisekedi n’a pas encore réagi officiellement. La C64, elle, maintient sa marche au 22 juillet « si cette démarche ne produit pas d’avancées ».

Bujumbura réussira donc si trois conditions sont réunies : obtenir un mandat clair de l’UA pour éviter le soupçon de cavalier seul, arracher un début de consensus interne entre opposition et Églises, et convaincre Kinshasa de jouer le jeu sans voir dans ces consultations une ingérence.

Luanda avait les armes, Nairobi avait les groupes armés, Washington a eu les États. Bujumbura tente la politique. Reste à savoir si, cette fois, la solution viendra de l’intérieur.


Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste

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Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Dimanche 05 juillet 2026

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