Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC), par la voix de son porte-parole officiel, Patrick Muyaya, a notifié le mercredi 27 août dernier son refus catégorique de participer à une conférence internationale organisée sous l'égide de la Fondation Thabo Mbeki.
Cette décision, loin d'être un simple incident protocolaire, est présentée par les autorités de Kinshasa comme un acte souverain fort, réaffirmant les nouvelles orientations stratégiques de la diplomatie congolaise et son intransigeance en matière de sécurité nationale.
Une Invitation Jugée "Inopportune" et une Dénonciation Sans Ambiguïté
Dans une déclaration lue devant la presse au terme du Conseil des ministres, le ministre de la Communication et des Médias, Porte-parole du Gouvernement, a qualifié l'invitation de la Fondation de l'ancien Président sud-africain d'"inopportune". Ce terme, choisi avec précision dans le lexique diplomatique, traduit un désaccord profond sur le fond, le timing et la légitimité perçue de l'initiative.
Le cœur du grief congolais, cependant, réside dans l'attitude personnelle de M. Thabo Mbeki. Le gouvernement l'accuse ouvertement d'avoir "à plusieurs reprises, soutenu des acteurs hostiles aux intérêts de la RDC". Bien que la déclaration n'ait pas explicitement nommé les entités concernées, cette accusation fait écho à de vives critiques antérieures de la part de responsables congolais et d'analystes. Ces critiques visent le rôle et les positions perçues comme équivoques de M. Mbeki dans le traitement des conflits dans la région des Grands Lacs, notamment son approche des groupes armés opérant dans l'Est de la RDC, historiquement considérée par Kinshasa comme trop conciliante ou déséquilibrée.
Cette dénonciation publique et directe d'une figure éminente de la diplomatie panafricaine est un signal sans équivoque adressé tant à Pretoria qu'à la communauté internationale : la RDC n'entend plus tolerer les narratives ou les initiatives qu'elle estime contraires à sa souveraineté et à l'intégrité de son territoire.
Au-delà du gesture symbolique : la redéfinition des priorités diplomatiques
Le refus de participer à cette conférence dépasse largement le cadre d'un différend personnel. Il s'inscrit dans une stratégie diplomatique réaffirmée et plus assertive menée par l'administration du Président Félix Tshisekedi. Après des décennies où la diplomatie congolaise était souvent perçue comme défensive ou réactive, Kinshasa affiche désormais une volonté claire de prendre l'initiative et de définir les termes de son engagement sur la scène internationale.
Cette décision illustre plusieurs principes directeurs de cette nouvelle doctrine :
1. Primauté de la Souveraineté Nationale : Toute initiative, aussi prestigieuse soit-elle, sera évaluée à l'aune de son respect absolu pour l'autorité de l'État congolais et son intégrité territoriale.
2. Conditionnalité du Dialogue : Le gouvernement congolais refuse désormais tout forum de dialogue qu'il estime susceptible de "mettre en péril la souveraineté et la sécurité nationale du pays". Cela implique un filtrage strict des plateformes de discussion et une méfiance accrue envers les médiateurs perçus comme partialux.
3. Responsabilisation des Partenaires : Kinshasa envoie un message clair à ses partenaires africains et internationaux : leur crédibilité et la possibilité d'une collaboration fructueuse dépendront de leur alignement perçu sur les intérêts fondamentaux de la RDC, tels que définis par le gouvernement lui-même.
Contexte régional et implications géopolitiques
Ce geste fort intervient dans un contexte régional extrêmement tendu, marqué par une recrudescence des activités des groupes armés dans l'Est de la RDC, notamment le M23, et des relations diplomatiques complexes avec certains voisins, en particulier le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir ces rebelles.
La position de M. Mbeki, qui a longtemps plaidé pour des solutions inclusives et des dialogues directs avec certains groupes insurgés, entre en collision frontale avec la position actuelle du gouvernement congolais. Celui-ci prône une approche sécuritaire ferme et exige une condamnation sans réserve de ses adversaires, considérés comme des "terroristes" qu'aucune négociation politique ne saurait légitimer.
En refusant de s'asseoir à une table potentiellement organisée par un médiateur jugé défavorable, la RDC cherche également à influencer le paysage de la médiation internationale en Afrique des Grands Lacs, préférant désormais s'appuyer sur des instances comme la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) et sa mission militaire SAMIDRC, perçue comme plus alignée sur ses objectifs.
Isaac Ngoy Somwe
