Guet-apens. Un mot difficile pour certains, au point de devoir consulter le dictionnaire ou Google, surtout pour une certaine génération qui découvre parfois les mots davantage sur son téléphone que dans les livres.
Mais ce mardi 15 septembre 2026, Martin Fayulu l’a prononcé.
Et, pour moi, c’est là que se trouve le véritable succès de sa marche.
Une marche que je qualifie volontiers de « marche santé », plutôt que de simple marche de l’opposition.
Pourquoi ?
Parce qu’à entendre Martin Fayulu après les incidents de Kinshasa, on a presque l’impression que l’événement avait été organisé spécialement pour lui permettre d’enrichir son vocabulaire politique.
Guet-apens !
Félix Tshisekedi a, selon lui, tendu un « guet-apens » aux manifestants. Fayulu affirme avoir vu des hommes munis de machettes à quelques mètres de lui et accuse des éléments de la Force du progrès d’avoir été placés devant les policiers chargés d’encadrer la manifestation.
Voilà donc le mot du jour.
Guet-apens.
Un mot lourd, spectaculaire, qui donne immédiatement une autre dimension à une manifestation qui, autrement, a simplement été racontée comme une marche ayant dégénéré en affrontements.
Et Fayulu n’a pas seulement trouvé ce mot.
Il a également retrouvé son vocabulaire habituel à l’égard des forces de l’ordre.
Les policiers ?
« Malades mentaux ».
Ce n’est pas précisément la première fois que Martin Fayulu utilise un langage particulièrement dur contre les policiers. Le 15 septembre, Le Potentiel rapporte qu’il les a ainsi qualifiés au cours des incidents.
Et pour ceux qui ont oublié, il y avait déjà eu le fameux « bolole ».
Décidément, chez Fayulu, les policiers ne semblent jamais manquer de qualificatifs.
Mais soyons sérieux quelques secondes.
Une manifestation politique peut être tendue.
Un opposant peut être en colère.
Un policier peut commettre une faute.
Une intervention policière peut être contestable.
Mais lorsque l’on veut incarner une alternative au pouvoir, les mots utilisés comptent également.
Insulter des policiers ne rend pas automatiquement une dénonciation plus crédible.
Et qualifier une situation de « guet-apens » ne suffit pas, à lui seul, à établir qu’un guet-apens a été organisé.
Mais politiquement, le mot est intéressant.
Parce que Fayulu ne dit pas simplement : « nous avons été dispersés ».
Il dit : « on nous a tendu un guet-apens ».
Ce n’est plus seulement une description des événements.
C’est une interprétation.
C’est une accusation.
Et c’est désormais le mot que l’opposant veut laisser dans la mémoire collective après cette journée du 15 septembre.
À chacun d’apprécier.
Pour ma part, je dirais donc que Fayulu a peut-être réussi sa marche.
Pas nécessairement par le nombre de personnes mobilisées.
Pas nécessairement par l’itinéraire parcouru.
Pas nécessairement par les résultats politiques immédiats.
Mais parce qu’il a enfin réussi à placer « guet-apens » au centre de son récit.
Et peut-être était-ce son grand rêve.
Après tant de marches, tant de discours et tant de confrontations, il fallait bien qu’un jour un mot fasse toute la différence.
Guet-apens.
Le mot est sorti.
Il est maintenant partout.
Dans les titres.
Dans les réseaux sociaux.
Dans les déclarations politiques.
Et même dans nos conversations.
Mission accomplie ?
Pourquoi pas.
Mais une question demeure : après avoir trouvé le mot, faudra-t-il maintenant trouver les preuves qui vont avec ?
Car un mot peut faire rire.
Un mot peut faire peur.
Un mot peut faire le tour du pays.
Mais en politique comme en justice, un mot ne remplace jamais les faits.
En attendant, permettez-moi de retenir une chose de cette journée :
Martin Fayulu n’a peut-être pas réussi à atteindre tous ses objectifs avec sa marche, mais il a réussi à faire marcher un mot : « guet-apens ».
Et ça, pour une marche « santé », ce n’est déjà pas si mal.
À la prochaine marche, peut-être découvrira-t-on un nouveau mot.
Félix Mulumba Kalemba,
Journaliste, libre penseur
