Le ministère de la Formation professionnelle veut désormais jouer un rôle central dans le développement du capital humain en République démocratique du Congo. À l’occasion de l’exercice de redevabilité consacré à la première année du Gouvernement Suminwa II, son titulaire, Marc Ekila Likombo, a présenté les principales actions menées depuis son arrivée à la tête de ce portefeuille.
Invité aux côtés de la ministre de la Jeunesse, il s’est exprimé dans une émission animée par Sandra Nyangi et Blaise Bokokia, journalistes à la RTNC, ce mercredi 26 août.
Pour le ministre, la priorité est claire : renforcer les compétences disponibles dans le pays afin de répondre aux besoins du marché de l’emploi et aux exigences du développement économique.
Marc Ekila Likombo estime que la RDC doit sortir du constat régulièrement dressé par les employeurs concernant l’insuffisance de qualification de la main-d’œuvre nationale.
« Dans le milieu professionnel, chez les employeurs, on dit toujours : la main-d’œuvre congolaise n’est pas qualifiée. Sinon, on parle d’inadéquation entre l’emploi et la formation », a-t-il expliqué.
Pour lui, la réponse passe par une professionnalisation effective des métiers. Cette démarche nécessite notamment des outils de planification et une meilleure organisation du secteur.
Le ministre affirme ainsi que son administration a élaboré, pour la première fois depuis la création du ministère, une politique nationale de formation professionnelle couvrant une période de dix ans.
Ce document doit servir de cadre de référence pour orienter les actions du secteur et déterminer les compétences nécessaires au développement de la RDC.
Un programme adapté aux réalités des 145 territoires
L’une des innovations présentées par Marc Ekila est le document baptisé « 145 territoires de la formation professionnelle ». Il s’agit d’un répertoire destiné à identifier, territoire par territoire, les métiers et les compétences nécessaires au développement économique local.
L’objectif est également de permettre aux jeunes de trouver des possibilités de formation et d’emploi dans leurs milieux d’origine, plutôt que de devoir systématiquement migrer vers les grands centres urbains.
Pour concrétiser cette politique, le Gouvernement mise notamment sur la construction de centres publics de formation professionnelle à travers le pays.
Le ministre reconnaît l’importance des établissements privés, mais considère que l’État doit également disposer de ses propres infrastructures afin d’assurer directement une partie de l’offre de formation.
Former une main-d’œuvre congolaise pour le secteur minier
Le secteur minier figure parmi les domaines dans lesquels le déficit de compétences nationales reste, selon le ministre, particulièrement préoccupant.
Marc Ekila évoque la présence de travailleurs venus notamment d’Afrique du Sud, du Zimbabwe et d’Éthiopie dans certaines activités minières.
Pour inverser cette tendance, son ministère a travaillé avec différents partenaires afin de renforcer l’offre locale de formation.
Il cite notamment la collaboration avec HP et la commune de Dilala, dans la province du Lualaba, qui a permis l’inauguration du premier centre public moderne de l’État dans ce cadre.
Le ministre indique également avoir entrepris de réintégrer dans le dispositif administratif des centres de formation qui, malgré leur qualité et parfois leur reconnaissance internationale, fonctionnaient jusque-là en dehors de la tutelle directe du ministère.
Cette démarche concerne également certains centres créés par des entreprises minières.
« Il y a des centres de formation appartenant à des sociétés minières qui bénéficient de l’agrément du ministère. Cela signifie que nous sommes désormais en mesure de suivre ce qui s’y passe, parce qu’ils doivent nous rendre compte et échanger des données avec nous », a-t-il précisé.
Plus de 7 000 dépendants de militaires et de policiers formés
Le ministère a également développé un programme destiné aux personnes à charge des militaires et des policiers.
Selon Marc Ekila Likombo, plus de 7 000 personnes ont déjà bénéficié de formations dans le cadre de cette initiative.
Le ministre présente cette action comme une forme d’accompagnement des familles des agents engagés dans la défense de l’intégrité territoriale et la sécurité du pays.
Il explique que ce programme a été déployé à travers plusieurs régions de la RDC conformément aux orientations données par le Chef de l’État.
L’entrepreneuriat comme outil d’insertion
La formation professionnelle ne se limite pas, selon le ministre, à préparer les jeunes à occuper un emploi salarié.
Son département cherche également à développer l’entrepreneuriat et à accompagner les jeunes dans la création de leurs propres activités.
À titre d’exemple, il évoque le dispositif mis en place autour du centre de Mombele, dont le fonctionnement a commencé provisoirement avant l’inauguration officielle de l’infrastructure.
Environ 800 jeunes ont déjà bénéficié d’un accompagnement dans cette dynamique. Pour Marc Ekila, cette expérience contribue à faire évoluer le modèle traditionnel de formation vers un système intégrant davantage l’insertion professionnelle et l’accompagnement après la formation.
Faire reconnaître les compétences déjà acquises
Autre chantier présenté par le ministre : la certification des compétences. Marc Ekila estime que la difficulté ne réside pas toujours dans l’absence de savoir-faire chez les Congolais, mais plutôt dans l’impossibilité pour de nombreux travailleurs de faire officiellement reconnaître leurs compétences.
« Le problème, en République démocratique du Congo, n’est pas l’absence de compétences, mais la certification de ces compétences », a-t-il affirmé.
Cette problématique concerne notamment les personnes ayant appris un métier directement sur le terrain, sans suivre un cursus classique de formation.
La valorisation des acquis de l’expérience
Pour répondre à cette situation, le ministère a instauré un mécanisme de valorisation des acquis de l’expérience. Il permet à une personne ayant exercé pendant plusieurs années un métier, comme la mécanique ou l’électricité, de faire évaluer officiellement les compétences acquises au cours de son expérience professionnelle.
Des jurys ont ainsi été mis en place afin d’évaluer ces acquis.
Le dispositif implique également les organisations représentant les employeurs, notamment la Fédération des entreprises du Congo (FEC) et l’Association nationale des entreprises du portefeuille (ANEP).
« C’est vous qui nous posez le problème de l’absence de compétences, c’est donc à vous de venir les apprécier », leur a notamment expliqué le ministre.
Selon les chiffres communiqués par Marc Ekila, plus de 22 000 personnes se sont déjà inscrites dans ce processus de valorisation des acquis de l’expérience.
Des académies pour les métiers d’avenir
Le ministère veut également élargir son dispositif au-delà des centres classiques de formation. Marc Ekila annonce la création d’académies et d’écoles technologiques spécialisées dans des domaines considérés comme stratégiques pour l’avenir du pays.
Le numérique, l’intelligence artificielle, l’ingénierie, l’informatique, la transition écologique et les métiers verts figurent notamment parmi les secteurs ciblés. L’accès à ces académies est prévu à partir du niveau D6, correspondant au baccalauréat.
Une première expérience est déjà en cours à Matadi avec un partenaire du secteur portuaire, MGT. Une cohorte de plus de 40 jeunes, au niveau G3, y est formée aux métiers portuaires et aux différentes activités liées au secteur maritime.
Pour le ministre de la Formation professionnelle, ces initiatives doivent contribuer à rapprocher progressivement les compétences disponibles en RDC des besoins réels de l’économie.
L’ambition affichée est ainsi de faire de la formation professionnelle un instrument majeur de création d’emplois, d’insertion des jeunes et de développement du capital humain dans les 145 territoires du pays.
