Une initiative citoyenne à haute portée sociale et économique se développe dans la commune de Gbado-Lite, au Nord-Ubangi. Un groupe de jeunes volontaires, qualifiés de « sacrificateurs » par leur propre engagement, mène depuis plusieurs mois les travaux de réhabilitation et d’allongement du pont du ruisseau Waka, situé dans une zone agraire stratégique.
Sans moyens techniques adéquats ni appui financier de l’État ou d’autorités locales, ces jeunes ont déjà réussi à allonger la structure sur plus de 230 mètres, une prouesse dans un contexte d’abandon et de promesses non tenues.
Le pont en question, qualifié de "voie agricole par excellence", est crucial pour l’acheminement des produits vivriers vers la ville de Gbado-Lite. Sa dégradation avancée mettait en péril l’accès des agriculteurs et commerçants aux marchés locaux, affectant directement la sécurité alimentaire et l’économie informelle de la commune.
Dans leur déclaration à la presse ce samedi 20 décembre, les jeunes initiateurs du projet n’ont pas caché leur déception face à l’inaction des autorités malgré les multiples promesses reçues :
« Depuis que nous avons décidé de lancer les travaux de ce pont en ruine, plusieurs personnalités politiques sont venues nous visiter, nous promettant un soutien matériel et financier. Mais à ce jour, rien n’a été concrétisé. »
Et d’ajouter :
« Ce pont est un passage crucial pour les mamans maraîchères, les transporteurs à vélo et les familles entières. Le manque de soutien nous oblige aujourd’hui à lancer un appel urgent à toutes les personnes de bonne volonté pour achever cet ouvrage. »
Un appel à la conscience collective
Les jeunes regrettent que beaucoup d’enfants issus de cette commune, aujourd’hui autorités à divers niveaux, n’apportent aucun appui concret à cette initiative citoyenne pourtant essentielle. « Nos parents souffrent pour traverser ce pont chaque jour. Ce projet, c’est leur espoir. L’État, les ONG, les partenaires, les notables : nous avons besoin de vous », insistent-ils.
Le projet porté par ces jeunes se distingue non seulement par son impact communautaire, mais aussi par sa gestion transparente et participative. Les travaux sont menés en groupes organisés, selon un plan localement établi, et les matériaux sont fournis par cotisation volontaire. L’effort physique, lui, est fourni à la sueur du front, dans l’espoir d’un avenir meilleur pour Gbado-Lite.
Cette mobilisation témoigne de la résilience de la jeunesse congolaise, souvent laissée pour compte, mais toujours prête à construire là où l’État fait défaut.
Le pont du ruisseau Waka n’est pas qu’un simple ouvrage : il est le symbole de l’espoir communautaire, de la solidarité et du devoir civique. La jeunesse de Gbado-Lite vient de rappeler à tous — autorités locales, élus, sociétés civiles et diaspora — qu’une ville ne se construit pas dans les discours, mais dans l’action.
Le moment est venu de répondre à leur appel, d’apporter les outils, les matériaux, l’appui logistique ou financier, pour qu’un pont ne reste pas une promesse inachevée, mais devienne le passage vers un avenir meilleur.
Ruphin Mboyo Lombo
