Le ciel du Nord-Kivu s’est chargé d’un étrange nuage le mercredi 6 août, au stade de l’Unité. Pas de pluie, mais une pluie de déclarations qui font trembler les certitudes. Devant une foule médusée de Mabanga Sud, deux colonels du M23 ont pris la parole, et pas pour réciter des banalités.
Le Colonel Jimmy Nzamuye, commandant de la ville, a lâché une phrase qui sonne comme un coup de sifflet final : «Tous les militaires vont quitter la ville de Goma. Nous allons laisser quelques policiers et des forces d'auto-défense pour sécuriser la ville. Les militaires vont se concentrer sur d'autres priorités. »
À ses côtés, le Colonel Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC-M23, acquiesce. Mais derrière les mots, il y a un flou. Derrière le retrait, peut-être une ruse.
Retrait ou repli stratégique ?
Le M23 joue-t-il la carte du départ ou celle du déplacement ?
- Quitter Goma, c’est abandonner une vitrine stratégique.
- Laisser des policiers et des forces d'auto-défense, c’est garder un œil, une oreille… et peut-être une main.
- Se concentrer sur "d'autres choses", c’est ouvrir la porte à toutes les spéculations : offensive ailleurs ? Réorganisation interne ? Ou simple effet d’annonce ?
Goma, entre soupirs et soupçons
La ville ne sait plus si elle doit respirer ou retenir son souffle. Ce retrait annoncé est-il un vrai départ ou un simple détour ? Une sortie par la grande porte ou une entrée déguisée par la petite ?
Une chose est sûre : à Goma, le calme est toujours suspect. Le M23 a parlé, mais ce qu’il n’a pas dit résonne dans les rues. Et pendant que les colonels promettent un départ, les ombres du conflit restent tapies dans les ruelles.
Roger AMANI
