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POLITIQUE
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Mercredi 09 septembre 2026

Nombre de lectures: 108

Goma-Bukavu : la balkanisation de la RDC est-elle déjà en marche ?

Ce n'est plus une simple occupation militaire. Depuis qu'il a pris le contrôle de Goma et de Bukavu, les deux capitales de l'Est congolais, l'AFC/M23 de Corneille Nangaa a franchi un cap. Au-delà des armes, le mouvement rebelle est en train d'installer méthodiquement les rouages d'une administration parallèle. Une réalité qui fait dire à de nombreux observateurs que la balkanisation, tant redoutée, n'est plus une hypothèse mais un fait accompli sur le terrain.

Sur le terrain, les signaux se multiplient et ils sont lourds de sens. Loin de se limiter à une gestion sécuritaire, la rébellion s'est lancée dans une véritable entreprise de gouvernance. Elle nomme ses propres administrateurs de territoire, installe sa propre caisse pour collecter l'argent public, lève ses taxes et ses impôts, place ses hommes à la tête des écoles et des universités. Elle va même jusqu'à lancer ses propres chantiers, notamment pour réhabiliter des routes et relancer le secteur de l'éducation.

Une ambition qui ne s'arrête pas aux frontières congolaises. Le mouvement cherche désormais à arrimer ses territoires à l'extérieur. En poussant pour l'homologation de ses diplômes au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est, il tente de donner une légitimité internationale à son administration et de couper un peu plus le cordon avec Kinshasa.

De mémoire d'observateur, jamais une rébellion en RDC n'avait poussé aussi loin la logique d'État. Les précédents mouvements armés se contentaient de contrôler militairement. Ici, on assiste à une duplication quasi-complète des attributs de souveraineté. Le symbole le plus frappant reste cette sortie médiatique de Lawrence Kanyuka, le porte-parole de l'AFC/M23. Son exercice de communication, décors, ton et mise en scène compris, était une réplique parfaite des briefings de presse du porte-parole du gouvernement central, Patrick Muyaya, à Kinshasa. Le message est clair : il y a désormais deux centres de pouvoir qui parlent au peuple congolais.

Face à cette montée en puissance, l'inquiétude gagne les allées du pouvoir. Il y a quelques jours, le rapporteur de l'Assemblée nationale, Jacques Djoli, a mis les mots sur ce que beaucoup pensent tout bas. Invité du Space du journaliste Stanys Bujakera, il a lâché une phrase qui fait froid dans le dos : « En fait, on est dans une balkanisation de fait qui peut basculer vers une balkanisation de droit ».

Autrement dit, le pays est déjà coupé en deux dans les faits, il ne manquerait plus que le droit vienne entériner cette partition. Une administration, une fiscalité, une diplomatie : les pièces du puzzle d'un État parallèle sont en train d'être assemblées sous nos yeux à Goma et Bukavu.


Roger AMANI

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Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Mercredi 09 septembre 2026

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