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POLITIQUE
EXPRESS

Publié le Samedi 28 mars 2026

Nombre de lectures: 138

Haut-Katanga : le « faux mariage » politique entre Kyabula et Kazembe a fini par exploser (Analyse)

Peu d’observateurs prennent le temps d’analyser en profondeur les véritables causes du bouleversement politique que connaît la province du Haut-Katanga depuis près de neuf mois. Pourtant, les origines de cette crise remontent à février 2024, à la suite d’une réunion stratégique tenue à Kinshasa. Celle-ci avait réuni Jacques Kyabula, alors candidat à sa propre succession, et plusieurs cadres de l’UDPS, parmi lesquels Martin Kazembe, maire de Lubumbashi, Joyce Tunda (maire adjointe), Danny Kabongo, Jean de Dieu, autour du secrétaire général Augustin Kabuya.

À cette époque, chacun nourrissait des ambitions politiques claires dans le cadre de l’Union sacrée. Jacques Kyabula visait un second mandat à la tête de la province, tandis que les cadres de l’UDPS entendaient également se positionner dans la future équipe dirigeante. Après des désistements et des arbitrages dictés notamment par des considérations géopolitiques, un ticket, mariage inattendu voit le jour : Jacques Kyabula (ARDev) comme gouverneur, et Martin Kazembe (UDPS) comme vice-gouverneur. Une alliance que plusieurs analystes qualifient rapidement de « mariage politique de circonstance », tant les visions et ambitions des deux camps semblaient difficilement conciliables.

Des débuts fragiles et des erreurs stratégiques

Dès sa réélection, Jacques Kyabula est conscient des enjeux et des risques liés à cette cohabitation. En face, Martin Kazembe nourrit, selon plusieurs sources, des ambitions de diriger un jour la province. Sa gestion de la mairie de Lubumbashi était d’ailleurs perçue, par certains cadres de l’UDPS, comme une étape préparatoire à des responsabilités plus élevées. Huit mois après l’installation de l’exécutif provincial, soit en décembre 2024, les premières tensions apparaissent en coulisses. Des rumeurs persistantes évoquent la volonté du vice-gouverneur de prendre les rênes de la province « coûte que coûte ».

Parmi les erreurs reprochées à Jacques Kyabula figure notamment sa décision de ne pas confier l’intérim à son vice lors de ses missions officielles, préférant déléguer cette responsabilité à des membres du gouvernement considéré comme son cercle de confiance. Une attitude perçue comme une « marginalisation progressive » de Martin Kazembe, devenu presque invisible dans la gestion quotidienne.

Autre élément clé, c'est le verrouillage de l’Assemblée provinciale par une majorité acquise à la cause du gouverneur, notamment grâce aux élus de l’Union sacrée, dont plusieurs issus de son propre parti.

Destitution et humiliation politique de Kazembe

La crise atteint son paroxysme en janvier 2025, lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée provinciale consacrée notamment au dossier de spoliation du lac Tshombe, situé à proximité de l’hôtel Karavia. À l’issue des débats, une large majorité de députés, toutes tendances confondues, à l’exception du député provincial Serge Owandja (UDPS), proche de Kazembe, vote en faveur de la destitution du vice-gouverneur pour des faits remontant à sa gestion de la ville de Lubumbashi.

Ce jour-là, l’atmosphère était électrique. Satisfaction dans le camp Kyabula, humiliation dans celui de Kazembe. Des scènes de tension sont rapportées, allant jusqu’à l’humiliation de certains collaborateurs du vice-gouverneur par les forces de l’ordre. Sa sécurité rapprochée est réduite, et ses déplacements deviennent compliqués, notamment vers Kinshasa.

Retournement de situation

Le tournant intervient avec le changement à la tête du ministère de l’Intérieur, marqué par l’arrivée de Jacquemain Shabani. Dans une correspondance datée du 8 février 2025 adressée à l’Assemblée provinciale, le vice-Premier ministre remet en cause la procédure de destitution, évoquant des irrégularités juridiques et des risques pour la stabilité provinciale. Martin Kazembe se rend alors à Kinshasa pour défendre sa cause. À son retour, des sources évoquent des recommandations de haut niveau invitant les deux dirigeants (Kyabula et Kazembe) à renouer le dialogue et à travailler en synergie.

Une accalmie relative s’observe entre mai et juin 2025, période durant laquelle Kyabula et Kazembe apparaissent côte à côte lors de plusieurs activités officielles. Mais cette cohabitation reste fragile.

Disparition inquiétante de Kyabula

Le véritable point de rupture survient en juillet 2025. Après un discours controversé tenu lors d’un meeting à l'esplanade du bâtiment du 30 juin à Lubumbashi, Jacques Kyabula est convoqué à Kinshasa par le ministre de l’Intérieur. Peu après, il disparaît temporairement de la scène publique et des radars. Durant plusieurs jours, aucune information claire ne filtre, alimentant rumeurs et spéculations. Ce n’est qu’après une dizaine de jours qu’il réapparaît, évoquant des raisons de santé.

Cette absence prolongée est perçue comme une grave erreur politique, surtout dans un contexte où son vice-gouverneur apparaissait en position de force. Ce moment marque un basculement décisif dans le rapport de forces.

Et le Haut-Katanga ?

Avec la mise en place du gouvernement provincial dirigé par Martin Kazembe et ses récentes consultations à Kinshasa par le président de la République, la question de l’avenir politique de Jacques Kyabula reste posée. 

Derrière l’affrontement entre Jacques Kyabula et Martin Kazembe, c’est l’échec d’un système qui apparaît au grand jour. Celui des alliances opportunistes, conclues sans vision, sans confiance, et sans véritable projet pour la population. Ce « mariage politique » n’avait rien de solide. Il portait en lui les germes de sa propre implosion.

Le Haut-Katanga en paie aujourd’hui le prix. Et tant que ces pratiques perdureront, l’instabilité restera la règle plutôt que l’exception.


Patient Lukusa

Journaliste

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