La province de l’Ituri s’est arrêtée le vendredi 27 mars pour honorer la mémoire des conducteurs de taxi-moto disparus. Une journée de recueillement qui s’est transformée en cri d’alarme face à l’hécatombe que connaît la profession.
Le bilan dressé par la Plateforme des Associations des Taxis-Moto de l’Ituri (PLATMI) glace le sang : entre le 27 mars 2025 et le 27 mars 2026, 194 taximen ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier ou sous les balles des groupes armés.
Philippe Ngwala Lelo, vice-coordonnateur de la PLATMI, a livré des chiffres implacables :
- 58 conducteurs abattus par des miliciens,
- 66 morts dans des accidents de circulation,
- 16 disparus après des enlèvements.
« Nous payons un prix trop élevé pour rendre service à la population », a confié un membre de la corporation, la voix brisée par l’émotion.
Au-delà du deuil, la PLATMI exige des actes. Son vice-coordonnateur a interpellé directement le gouvernement congolais, réclamant la restauration immédiate de l’autorité de l’État sur l’ensemble de la province. Objectif : garantir la libre circulation des personnes et des biens, et mettre fin à l’insécurité qui fauche des vies au quotidien.
La commémoration a débuté par un culte d’action de grâce à l’église Armée du Seigneur, où familles et collègues se sont recueillis. Puis, une caravane motorisée a traversé les artères de Bunia : le rugissement des moteurs s’est mué en hommage sonore aux « chevaliers de la route » tombés, rappelant que derrière chaque casque se cache une vie fragile, exposée, mais indispensable.
Hervé Kasamba
