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LIBRE OPINION
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Samedi 10 octobre 2026

Nombre de lectures: 70

Kabila a parlé, les flatteurs s'agitent, la république, elle, est en danger [ TRIBUNE ]

Il y a deux signes qui ne trompent jamais en politique congolaise : le silence des courtisans quand le danger approche, et leur agitation bruyante quand il a déjà frappé.

Depuis l'adresse de Joseph Kabila ce vendredi 9 octobre, nous y sommes. Le ballet a repris.

Le bal des flatteurs

On les a vus sortir du bois, les uns après les autres. Les laudateurs professionnels, en première ligne du front de la flagornerie. Les uns défendent une nomination fraîchement obtenue, les autres protègent un fauteuil qui vacille, certains lorgnent déjà le prochain remaniement, d'autres enfin tentent simplement de justifier les miettes qu'on leur a laissées.

À coup de phrases en français châtié et de loyauté surjouée, ils tentent de dédramatiser, de banaliser, de rassurer le sommet de l'État pour mieux l'endormir. C'est la vieille fable du corbeau et du renard, rejouée à Kinshasa avec les mêmes acteurs et le même fromage.

Pendant que ces bateleurs de foire jouent leur partition, la réalité, elle, ne joue pas. Elle s'impose.

Kabila n'est pas un opposant comme les autres

C'est là que réside l'erreur d'analyse de tous ces beaux parleurs. L'homme qui a parlé n'est pas un opposant ordinaire en quête d'un strapontin ou d'une tribune honorifique.

Joseph Kabila est un ancien chef de l'État, ancien commandant suprême des forces armées, condamné à mort par contumace et sous le coup de sanctions américaines. C'est précisément ce statut qui le rend dangereux. Il n'a plus rien à perdre. Et un homme qui n'a plus rien à perdre est un homme imprévisible, capable de tout.

Quand ce même homme avait déclaré que « s'il était le M23, les choses seraient tout autres sur le terrain », beaucoup avaient souri. Quand aujourd'hui, il annonce que « le Congo est en péril » et qu'il dévoilera « dans les heures, jours et semaines à venir » son plan pour « sauver » le pays, ce n'est plus de la rhétorique. C'est l'annonce que la phase de conception est terminée. Que le dispositif est déjà en place.

Minimiser cela, c'est se tromper de siècle.

Le discours qui ne peut pas être anodin

Je ne prétends pas lire dans les intentions secrètes de Joseph Kabila. Je ne dis pas qu'un plan militaire se cache derrière chaque mot.

Je dis simplement qu'un homme sous sanctions américaines, qui s'offre aujourd'hui les services d'un collectif d'avocats parmi les plus redoutés de Washington, ne se permet pas de tenir un discours d'une telle violence, avec une telle assurance, sans avoir des garanties solides ailleurs, sous la table.

Le timing n'est pas innocent. Juste après la visite d'un panel international. Le ton n'est pas innocent. Ferme, définitif, fermant toute porte à une réconciliation de salon. Ce n'est pas le ton d'un homme qui veut négocier. C'est le ton d'un homme qui estime que le temps de la négociation est passé.

Face à cela, rire sous cape ou crier à la manipulation est une faute géopolitique majeure.

Le vrai danger : un peuple fracturé

Mais le plus glaçant n'est pas dans le discours de Kabila. Il est dans notre réaction collective.

La population congolaise a reçu ce discours comme elle reçoit tout désormais : à travers le prisme binaire de ses appartenances. Pour les uns, le verre est à moitié plein, il faut applaudir. Pour les autres, il est à moitié vide, il faut condamner.

Nous avons oublié l'essentiel : la sécurité nationale ne devrait jamais être un concours de loyauté partisane.

Comment pouvons-nous prétendre faire face à une menace existentielle quand chaque alerte est immédiatement transformée en arme pour abattre le camp d'en face ? Comment construire un front républicain quand les uns applaudissent ce qu'ils devraient examiner froidement, et que les autres s'indignent sans même chercher à comprendre ?

C'est cela, le véritable péril. Pas seulement Kabila. Mais notre incapacité à faire bloc derrière les institutions quand la Nation est menacée. Pire, ce discours trouve déjà des relais à visage découvert, qui banalisent la subversion et préparent le terreau de la déstabilisation.

Monsieur le président, au-dessus de la mêlée

Monsieur le Président, l'heure n'est plus aux flatteurs.

Vous êtes le Président de la République en exercice. La charge qui est la vôtre vous oblige à vous placer résolument au-dessus de la mêlée, au-dessus des applaudissements faciles et des règlements de comptes partisans.

Votre responsabilité n'est pas de répondre à la surenchère par la surenchère. Votre responsabilité est de protéger le territoire, de garantir la sécurité de chaque Congolais et de préserver la stabilité des institutions.

N'écoutez pas ceux qui vous chantent des louanges pour protéger leur poste. Les flatteries peuvent conserver un fauteuil, elles n'ont jamais protégé une frontière, jamais sauvé une population, jamais sauvé une République.

Faites évaluer la menace par les services compétents. Renforcez la vigilance. Imposez une communication institutionnelle froide, maîtrisée, d'État. La fermeté n'exclut ni la sagesse ni la retenue, elle l'exige.

L'heure n'est plus aux broutilles politiciennes et aux analyses cosmétiques qui caressent le pouvoir dans le sens du poil. L'heure est à la prise de conscience nationale et à l'union sacrée face au péril.

L'histoire jugera. Elle jugera ceux qui auront vu le loup arriver pendant que les courtisans, eux, continuaient de chanter les louanges du renard.

Le patriotisme ne consiste pas à applaudir le pouvoir. Il consiste à lui dire la vérité, même et surtout quand elle dérange.


Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste

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Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Samedi 10 octobre 2026

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