Une tension oppose la maire de la ville de Kananga, Rose Muadi Musube, au bourgmestre de la commune de Ndesha, André Longé Lomena, après l’ouverture, ce mardi 6 octobre 2026, d’une action disciplinaire à l’encontre de ce dernier. Au cœur du différend figure notamment la situation des constructions des boutiques au marché Nsele, reconnu comme marché public par un arrêté du gouverneur du Kasaï-Central.
La maire reprocherait au bourgmestre d’avoir autorisé des particuliers à ériger des constructions à usage commercial dans ce marché. De son côté, André Longé Lomena affirme avoir agi dans le cadre des orientations des autorités provinciales et s’appuie notamment sur l’arrêté provincial n°138 du 27 août 2026, signé par le gouverneur Joseph-Moïse Kambulu N’Kongo, reconnaissant le marché Nsele comme un marché public relevant de la commune de Ndesha. Selon lui, ce statut permet notamment l’aménagement de boutiques, d’espaces commerciaux, de chambres froides et d’autres infrastructures nécessaires au fonctionnement du marché.
Le bourgmestre conteste ainsi la procédure engagée contre lui et aurait refusé de signer le document relatif à l’ouverture de l’action disciplinaire, estimant que les travaux concernés ont été réalisés dans le cadre des instructions des autorités provinciales.
Au-delà du différend autour du marché Nsele, cette affaire soulève surtout la question de la compétence de l’autorité habilitée à engager une procédure disciplinaire contre un bourgmestre.
Dans une note circulaire n°25 du 5 février 2025 adressée aux gouverneurs de province, le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, avait demandé aux gouverneurs de s’abstenir de suspendre les bourgmestres sans lui transmettre au préalable un rapport ad hoc lorsque les faits dénoncés sont vérifiables. Cette note rappelle également que, dans le contexte actuel, les bourgmestres et leurs adjoints sont nommés par ordonnance présidentielle sur proposition du ministre ayant les Affaires intérieures dans ses attributions, en attendant l’organisation de leurs élections par les organes locaux.
Une autre note circulaire du ministère de l’Intérieur, datée du 22 avril 2026, évoquée dans cette affaire, remet également au centre du débat la question de la tutelle administrative exercée sur les bourgmestres et leurs actes. Elle fait notamment référence aux articles 216 à 218 et 225 du Décret-loi n°081 du 2 juillet 1998 et évoque des prérogatives de l’autorité compétente en matière d’action disciplinaire, notamment la suspension ou la proposition de révocation, ainsi que certains pouvoirs sur les actes des autorités communales.
Dès lors, plusieurs questions se posent, les actes reprochés au bourgmestre de Ndesha constituent-ils réellement une faute grave ou lourde susceptible de justifier une procédure disciplinaire ? La maire de Kananga dispose-t-elle, au regard des textes applicables, de la compétence nécessaire pour engager une telle procédure ? Et comment cette démarche doit-elle être conciliée avec l’arrêté provincial reconnaissant le marché Nsele comme marché public ainsi qu’avec les instructions du ministère de l’Intérieur ?
