Une scène aussi surréaliste qu’effroyable a ébranlé la ville de Tshikapa ces derniers jours, soulevant une vague d’indignation légitime et de profondes interrogations sur les limites du spirituel et de l’abus.
Jeudi dernier, le 7 août, au sein de l’église Lyololo, dans la commune de Kanzala, à Tshikapa (Kasaï), un pasteur encore non identifié a méthodiquement fouetté chacun de ses fidèles à trois reprises, justifiant cet acte par une prétendue « recommandation du Saint-Esprit ».
Les images, diffusées massivement sur les réseaux sociaux, montrent une séquence glaçante : le pasteur, impassible, frappe tour à tour les membres de sa congrégation, certains visiblement sous le choc, d’autres résignés. Les coups de fouet claquent sans ménagement, tandis que des cris étouffés s’échappent des murs de l’église. Des témoins, horrifiés, affirment avoir entendu les sévices depuis l’extérieur.
«Le pasteur fouettait ses fidèles comme des enfants, disant que c’était le Saint-Esprit qui lui avait ordonné», rapporte un habitant de Tshikapa, sous le sceau de l’anonymat par crainte de représailles. Une justification théologique plus que douteuse, qui interroge : depuis quand la violence physique est-elle un sacrement ? Depuis quand le Saint-Esprit, symbole de paix et de guidance, recommande-t-il la flagellation collective comme voie vers la rédemption ?
ENTRE MYSTICISME ET DÉRIVE SECTAIRE : L’URGENCE D’UNE ENQUÊTE
Si certains défendent encore l’idée d’un « acte mystique », la majorité des voix s’élèvent pour dénoncer une dérive sectaire manifeste. Les autorités locales sont sommées de réagir : la population exige une enquête immédiate, l’arrestation du pasteur et des clarifications sur les pratiques de cette église.
«Nous voulons savoir de quel ‘Saint-Esprit’ il parle exactement», tonne un citoyen outré, résumant le sentiment général. Car derrière cette affaire se cache une question bien plus large : celle de la porosité croissante entre foi et manipulation, entre spiritualité et soumission aveugle.
SILENCE COUPABLE DE L’ÉGLISE ET RESPONSABILITÉ DES AUTORITÉS
À ce jour, le pasteur concerné reste introuvable, et l’église Lyololo n’a publié aucun communiqué pour s’expliquer. Ce mutisme est inacceptable. Une telle absence de transparence nourrit les pires suspicions : s’agit-il d’un acte isolé ou d’une pratique récurrente ? Les fidèles étaient-ils consentants, ou soumis à une pression psychologique les privant de leur libre arbitre ?
Les autorités religieuses et civiles doivent impérativement se saisir de ce dossier. Laisser passer un tel acte sous prétexte de liberté religieuse serait un dangereux précédent. La foi ne saurait être un alibi pour la violence.
Tshikapa mérite des réponses. Les victimes, souvent trop intimidées pour parler, méritent justice. Et la société tout entière mérite une clarification sur les limites à ne jamais franchir, même au nom du divin.
Stony Sha Mbuyi
