Le 28ᵉ anniversaire du massacre de Kasika ravive les appels à la justice pour les victimes des violences commises dans l’Est de la République démocratique du Congo. À cette occasion, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege demande aux autorités congolaises et à la communauté internationale de dépasser les simples commémorations et d’engager des procédures judiciaires contre les responsables présumés.
Dans une déclaration rendue publique le 24 août 2026, le médecin congolais revient sur les événements survenus en août 1998 à Kasika, Kilungutwe et Kalama, dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu. Il rappelle que ces localités avaient été le théâtre de massacres et de graves violences contre les populations civiles.
Le bilan exact varie selon les sources, mais le Rapport Mapping des Nations unies fait état de plus d’un millier de civils tués dans le cadre des violences documentées autour de Kasika. Parmi les victimes figuraient notamment le Mwami François Mubeza, chef coutumier de la communauté Nyindu, des membres de sa famille ainsi que des religieux et des paroissiens.
Pour Denis Mukwege, le drame de Kasika ne doit pas être dissocié de la succession de conflits qui ont continué à ensanglanter l’Est du pays. Il estime que les changements d’appellations et de mouvements armés n’ont pas empêché la persistance des violences contre les civils.
Le Prix Nobel dénonce surtout l’absence de poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs et commanditaires présumés de crimes graves. À ses yeux, cette situation entretient un environnement dans lequel les violations peuvent se reproduire sans véritable conséquence judiciaire.
Son appel s’appuie notamment sur le Rapport Mapping, publié par les Nations unies en 2010, qui recense de nombreuses violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises en RDC entre 1993 et 2003. Mukwege demande que les recommandations de ce rapport soient effectivement mises en œuvre.
Une juridiction spéciale demandée
Au-delà de la reconnaissance des faits, Denis Mukwege propose la création d’un dispositif judiciaire capable de traiter les crimes les plus graves commis au cours des dernières décennies.
Il plaide notamment pour une juridiction pénale spéciale ou internationalisée, ainsi que pour la possibilité de mettre en place des chambres mixtes ou hybrides au sein du système judiciaire congolais. L’objectif serait de permettre des enquêtes et des poursuites contre les responsables présumés, quelle que soit leur nationalité ou leur statut.
Le médecin congolais insiste également sur la nécessité d’enquêter sur les crimes commis au cours des trente dernières années, afin d’établir les responsabilités et de donner aux victimes une réponse judiciaire.
Quatre attentes pour les victimes
Dans son approche de la justice transitionnelle, Denis Mukwege met en avant quatre exigences : l’établissement de la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition. Cette démarche vise à replacer les victimes au centre du processus, alors que de nombreuses familles continuent de vivre avec les conséquences des violences subies.
Vingt-huit ans après Kasika, le message du Prix Nobel est donc également un appel à tirer les leçons du passé. Pour lui, la commémoration ne peut avoir tout son sens que si elle s’accompagne d’actions concrètes permettant d’établir les responsabilités, de réparer les préjudices et de prévenir de nouvelles atrocités. La question de la justice pour les victimes de Kasika demeure ainsi liée à un enjeu plus large : celui de la lutte contre l’impunité et de la construction d’une paix durable dans l’Est de la RDC.
