Une audience hors norme s’est tenue jeudi 08 janvier au camp Kabila, dans la commune de Matete, où le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa a jugé en procédure de flagrance 178 jeunes délinquants urbains, communément appelés « Kulunas ». Ce procès s’inscrit dans le cadre de l’opération « Ndobo », une vaste campagne sécuritaire lancée pour enrayer la montée de l’insécurité dans la capitale congolaise.
Les prévenus sont poursuivis pour des faits d’une gravité exceptionnelle: terrorisme, association des malfaiteurs, actes de barbarie, coups et blessures volontaires, et homicides. Le recours à la procédure de flagrance, qui permet un jugement rapide après l’arrestation, témoigne de la volonté des autorités de frapper fort et vite.
L’audience a été marquée par des témoignages poignants de victimes venues relater les violences subies. Jean-René Mulenda, officier de police judiciaire, a raconté avec émotion l’agression dont il a été victime: « Ils m'ont attaqué sans pitié. J’ai perdu l’usage de mon bras droit. » Un autre agent de l’ordre a évoqué son agression et le vol de ses effets personnels. Un père de famille, quant à lui, a décrit la mort tragique de son fils, jeune avocat, tué par des coups portés par un groupe de Kulunas.
L’opération « Ndobo »: entre espoir et controverse
Lancée en décembre 2025, l’opération « Ndobo » vise à démanteler les réseaux criminels qui sèment la terreur dans les quartiers populaires de Kinshasa. Si elle est saluée par une partie de la population excédée par l’insécurité, elle suscite aussi des inquiétudes quant au respect des droits humains, notamment en ce qui concerne les conditions d’arrestation et de détention des suspects.
Des ONG locales appellent à la vigilance: « La lutte contre la criminalité ne doit pas se faire au détriment des garanties judiciaires fondamentales », a rappelé un représentant de la société civile.
Une capitale sous tension
Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants, est confrontée depuis plusieurs années à une insécurité chronique, alimentée par le chômage des jeunes, la pauvreté et l’absence d’encadrement social. Les « Kulunas », souvent armés de machettes, sont devenus le symbole de cette violence urbaine.
Le procès de ces 178 jeunes pourrait marquer un tournant dans la gestion de ce fléau. Mais pour qu’il soit durable, il devra s’accompagner de mesures sociales, éducatives et économiques à la hauteur des défis.
Roger AMANI
