La situation salariale devient de plus en plus préoccupante pour les enseignants de Popokabaka, dans la province du Kwango. Plusieurs d’entre eux affirment accumuler des mois d’impayés et préviennent qu’ils pourraient suspendre les cours à partir du 1er septembre 2026 si leurs revendications ne trouvent pas de réponse.
Sur le terrain ce lundi 24 août, les enseignants expliquent que les retards de rémunération ont des conséquences directes sur leur vie familiale. Certains sont contraints de s’endetter pour assurer leur alimentation, les soins médicaux ou encore la scolarité de leurs propres enfants.
Herman Nkosi Mukela, enseignant depuis 1991 et directeur de l’école primaire Nzeye depuis 1996, fait partie de ceux qui dénoncent cette précarité. Âgé de 60 ans et père de sept enfants, il explique que les conditions de travail et l’éloignement de son établissement compliquent davantage sa situation.
Selon son témoignage, il doit parcourir près de 60 kilomètres à pied pour rejoindre son lieu de travail et peut passer plusieurs semaines loin de sa famille.
Le directeur affirme également que les arriérés de salaire peuvent atteindre trois mois. Sa rémunération, prime comprise, tournerait autour de 400 000 francs congolais, une somme qu’il juge insuffisante pour couvrir les charges de son ménage lorsque le paiement accuse plusieurs semaines ou mois de retard.
Pour faire face à cette situation, certains enseignants se tournent vers les systèmes de crédit informels communément appelés « banques Lambert ».
« Pour survivre, on emprunte toujours. On appelle ça banque Lambert. On rembourse avec un taux d’intérêt de 50 % », témoigne Herman Nkosi Mukela.
Ces difficultés ne se limitent pas à l’alimentation. Les problèmes de paiement compliquent également l’accès aux soins de santé et à certains services essentiels. Des enseignants expliquent recourir à l’endettement auprès de structures sanitaires ou de pharmacies, avec l’espoir de régler leurs factures après le versement de leurs rémunérations.
Un salaire refusé en raison des arriérés
La tension s’est davantage accentuée au cours des derniers mois. Des enseignants qui affirment ne plus avoir été payés depuis juin 2026 ont refusé de retirer le seul mois de salaire rendu disponible par la banque chargée de leur paie.
Ils estiment qu’accepter cette somme sans règlement des mois précédents ne permettrait pas de résoudre le problème accumulé.
Les enseignants demandent donc le paiement de l’ensemble des rémunérations dues et souhaitent qu’une solution durable soit trouvée afin d’éviter la répétition de ces retards.
À défaut d’une réponse favorable, ils menacent de déclencher une grève dès le 1er septembre, date correspondant au début de la nouvelle année scolaire 2026-2027.
Pour ces professionnels de l’éducation, l’enjeu dépasse le paiement d’un simple arriéré : il s’agit également de garantir une rémunération régulière permettant aux enseignants de travailler dans des conditions dignes et d’assumer leurs responsabilités familiales.
Emery Poya
