Dans une décision qui fait grand bruit, l’Alliance des Forces du Changement (AFC), branche politico-militaire issue du M23, a annoncé ce vendredi 24 octobre l’instauration d’un système de visa indépendant dans les zones qu’elle contrôle à l’Est de la République Démocratique du Congo.
Selon ce communiqué signé par le coordinateur adjoint Bertrand Bisimwa, « tout ressortissant étranger souhaitant accéder aux “espaces libérés” devra désormais présenter un visa délivré par l’AFC/M23 ». Les documents émis par les autorités congolaises ne seront plus reconnus, sauf s’ils datent d’avant février 2025.
Cette mesure, qui concerne notamment les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, marque une volonté claire du mouvement rebelle de « s’affranchir du pouvoir central » et de consolider une forme de gouvernance autonome. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration territoriale, avec des postes de contrôle, des cérémonies officielles, et même des escortes militaires organisées par l’AFC.
Une balkanisation en marche?
Pour de nombreux observateurs, cette politique de visa est un « symbole fort de la balkanisation en cours » dans la région. Elle complique le travail des humanitaires, des journalistes et des diplomates, tout en posant des défis majeurs à l’unité nationale. Le gouvernement congolais n’a pas encore officiellement réagi à cette annonce, mais des tensions diplomatiques sont à prévoir.
En instaurant ses propres règles de circulation, l’AFC/M23 affirme son ambition de devenir une « entité souveraine », avec sa propre administration, ses mécanismes de sécurité, et désormais son système migratoire. Cette évolution intervient alors que des négociations de paix sont en cours à Doha, où un mécanisme de vérification du cessez-le-feu a récemment été signé entre Kinshasa et le mouvement rebelle.
Roger AMANI
