Le long de l'axe routier Tshikapa-Kibulungu-Matshibola, une scène déchirante est devenue monnaie courante : des enfants, parfois à peine âgés de 12 ou 13 ans, sont contraints de gagner leur vie comme colporteurs. Surnommés "Muyanda", ces jeunes parcourent de longues distances à vélo, surchargés de "breuses" (marchandises locales), pour rapporter de quoi subsister. D'autres, encore plus jeunes, sont retrouvés sur des sites miniers artisanaux de diamant, exposés à des dangers mortels.
Interrogés sur leur situation, ces enfants confient être envoyés par leurs parents, souvent en raison d'un cruel manque de moyens de subsistance. "Nous travaillons pour acheter de la nourriture", avoue l'un d'eux, le visage marqué par l'effort. Cette quête de survie se fait au prix de leur avenir : la majorité d'entre eux ne fréquentent pas l'école, sacrifiant leur droit à l'éducation pour la survie quotidienne de leur famille.
Cette réalité est d'autant plus préoccupante qu'elle s'étend aux sites miniers, où des enfants sont exposés à des risques permanents d'effondrement, de maladies et d'accidents. La vulnérabilité de ces jeunes face aux pires formes d'exploitation est un signal d'alarme que le gouvernement ne peut ignorer.
Un cadre juridique robuste ignoré par les autorités
Pourtant, la République démocratique du Congo dispose d'un arsenal juridique complet pour protéger ses enfants. La Constitution de 2006 garantit leur protection contre les violences et l'exploitation. Le Code de protection de l’enfant de 2009 interdit le travail mettant en danger la santé et la sécurité des mineurs de moins de 18 ans. En outre, la RDC a ratifié des conventions internationales majeures, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant et les Conventions n°138 et 182 de l’OIT sur l'élimination des pires formes de travail des enfants.
Malgré ces lois claires, la réalité sur le terrain est en total décalage. L'absence de mécanismes de contrôle efficaces et la pauvreté endémique des familles alimentent un cycle de violations continues. Ni le gouvernement provincial, ni le gouvernement central ne semblent avoir pris de mesures concrètes pour endiguer ce fléau.
Les acteurs de la société civile, tant locaux qu'internationaux, dénoncent cette "indifférence coupable" et lancent un appel urgent aux autorités congolaises. Ils exigent le renforcement de l'application des lois, la mise en œuvre de la gratuité effective de l'éducation et la création d'alternatives économiques viables pour les familles vulnérables.
Sans une action rapide et décisive, préviennent les défenseurs des droits humains, le Kasaï Central risque de voir grandir une génération sacrifiée, privée de son enfance, de son éducation et condamnée à rester piégée dans le cercle vicieux de l'exploitation.
Stony Mulumba Sha Mbuyi
