La synergie des organisations de la société civile du Nord-Maniema demande aux autorités nationales le retrait de six permis d’exploitation minière attribués à la société Kasese Mining dans le territoire de Punia. Dans un mémorandum adressé aux autorités, ces organisations dénoncent plusieurs problèmes liés aux activités de l’entreprise et réclament une évaluation de la conformité de ses titres et engagements.
Les permis concernés portent les numéros 11, 13, 19, 88, 235 et 5391. Selon les organisations signataires, la présence de Kasese Mining à Punia depuis près de six ans aurait été marquée par des tensions administratives, judiciaires et économiques impliquant notamment les communautés locales, les exploitants artisanaux, les négociants et les entités de traitement des minerais.
La société civile souligne l’importance de l’exploitation artisanale et du commerce des minerais dans l’économie locale, où plusieurs milliers de personnes tireraient leurs revenus directement ou indirectement de ces activités.
Parmi les griefs soulevés figure notamment l’existence de certaines conditions commerciales imposées aux acteurs du secteur. Les organisations évoquent l’exigence d’un montant de 100 000 dollars américains présenté comme un « pas-de-porte » avant la conclusion de certains contrats entre Kasese Mining et des entités de traitement ou d’autres sociétés minières.
Les signataires du mémorandum mettent également en doute certaines réalisations sociales et économiques attribuées à l’entreprise. Ils affirment qu’après plusieurs années de présence à Punia, aucune usine de traitement n’aurait été construite et qu’une production industrielle conforme aux engagements annoncés n’aurait pas été mise en place.
La mise en œuvre du cahier des charges conclu avec les communautés locales constitue un autre point de préoccupation. Selon la société civile, plusieurs engagements dans les domaines des infrastructures, du développement communautaire et de l’emploi local resteraient insuffisamment concrétisés.
Les organisations évoquent également la démolition d’environ 100 ménages dans la cité de Boulouma, au quartier Bassengue. Elles affirment que les personnes concernées n’auraient pas bénéficié d’un accompagnement ou d’une indemnisation jugée adéquate.
La question des limites entre les périmètres miniers et les espaces administratifs de Punia est également soulevée. La société civile réclame une mission indépendante de vérification et de bornage des différents permis afin de clarifier leur situation.
Dans leur mémorandum, les organisations demandent par ailleurs une vérification contradictoire des investissements annoncés par Kasese Mining dans les infrastructures, notamment routières et aéroportuaires, ainsi que de ses engagements envers les communautés locales.
Elles dénoncent également la présence présumée d’éléments des forces de sécurité dans certains sites miniers. Selon elles, plusieurs négociants auraient été empêchés d’acheminer leurs minerais vers d’autres centres de commercialisation et de traitement, notamment Lubutu et Kindu.
Face à ces préoccupations, la synergie des organisations de la société civile du Nord-Maniema recommande une évaluation urgente des différents accords impliquant SAKIMA et Kasese Mining, notamment ceux liés à l’exploitation, à la commercialisation des produits miniers artisanaux et à l’encadrement des exploitants artisanaux.
Elle demande enfin aux autorités compétentes d’examiner la légalité et la conformité des six titres miniers concernés et, au terme des vérifications, d’appliquer les mesures prévues par la législation congolaise, pouvant aller jusqu’au retrait des permis.
À travers cette démarche, les organisations disent vouloir contribuer à la préservation de la paix sociale, à la protection des intérêts des communautés locales et au respect de la législation minière en République démocratique du Congo.
Emmanuel NDJADI Pascal
