Le gouvernement congolais maintient sa position sur un éventuel dialogue national inclusif : aucune discussion ne pourra se tenir tant que des forces étrangères occupent une partie du territoire national. Invité de TV5 Monde lundi 9 février, Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a réaffirmé les conditions imposées par Kinshasa.
Dans le même entretien, il a confirmé que la République démocratique du Congo entend présenter un candidat au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dont l’élection est prévue en novembre prochain au Cambodge.
Dialogue national : Kinshasa pose des préalables stricts
Interrogé sur l’hypothèse d’un dialogue incluant toutes les composantes congolaises, y compris l’ancien président Joseph Kabila, Patrick Muyaya a indiqué que le gouvernement ne rejette pas l’idée du dialogue, mais exige des préalables.
Selon lui, il est impossible d’ouvrir un dialogue politique dans un contexte de guerre alimentée par une puissance étrangère.
Il a cité trois lignes rouges principales : le retrait des troupes étrangères, un cessez-le-feu vérifiable, le respect des engagements de Doha et Washington.
“Pas question de consacrer l’impunité”. Patrick Muyaya a également mis en garde contre un dialogue qui aboutirait à l’amnistie automatique ou à la légitimation des crimes de guerre.
Pour le gouvernement, l’impunité est une cause majeure de la répétition des crises armées en RDC.
Le ministre a même évoqué la nécessité d’un “vetting”, c’est-à-dire un filtrage politique et patriotique des acteurs appelés à participer au dialogue, afin d’écarter ceux qui agiraient comme complices du M23 et du Rwanda.
Francophonie : la RDC veut diriger l’OIF
Sur le volet diplomatique, Patrick Muyaya a confirmé que la RDC envisage de présenter une candidature à la tête de l’OIF, institution regroupant les États francophones.
Il estime que la RDC, en tant que plus grand pays francophone du monde, est légitime à briguer cette responsabilité. « La RDC est dans son droit de présenter un candidat », a-t-il déclaré.
“L’avenir de la francophonie se joue en RDC”
Le ministre a soutenu que l’avenir de la langue française dépend de plus en plus de la République démocratique du Congo, en raison de la croissance démographique et du nombre de locuteurs.
Il affirme que Kinshasa dispose d’un projet et d’une vision pour insuffler une nouvelle dynamique à l’OIF, notamment en faveur de la jeunesse.
Dans une déclaration aux relents géopolitiques, Patrick Muyaya a aussi critiqué Kigali, estimant que le Rwanda ne peut prétendre au même statut que la RDC sur certains dossiers internationaux, notamment ceux liés aux minerais stratégiques.
Il a évoqué un sommet récent sur les minerais critiques à Washington, où le Rwanda n’aurait pas été invité.
Pour lui, cela démontre que Kigali demeure marginal sur ces questions, et que son rôle est principalement associé à des activités de recel.
