Le général-major Somo Kakule Evariste, gouverneur militaire du Nord-Kivu, a saisi le 7 mai l’antenne de l’Agence nationale de renseignements de Beni pour solliciter l’ouverture d’une enquête contre le député national Mbindule Mitono Crispin.
Dans sa correspondance, l’autorité provinciale reproche à l’élu de Butembo d’avoir tenu des rencontres clandestines avec un groupe armé dans la ville et d’avoir proféré, le 4 mai sur Radio Canal Wikongo, des propos jugés attentatoires à la sécurité et à la dignité de l’autorité provinciale.
Le courrier retient au total cinq griefs à l’encontre du député, parmi lesquels la diffamation, l’incitation à la révolte et la propagation de faux bruits, en plus des contacts présumés avec des hommes armés et des déclarations radiodiffusées. Pour justifier sa démarche, le gouverneur militaire invoque le régime de l’état de siège en vigueur au Nord-Kivu depuis mai 2021. Il demande à ce titre la levée de l’immunité parlementaire de Mbindule Mitono Crispin ainsi que l’adoption de mesures conservatoires urgentes à son encontre.
La lettre a été transmise en copie au ministre de la Défense nationale et au bureau de l’Assemblée nationale, institutions habilitées à statuer sur la levée d’immunité d’un député. Sous état de siège, l’ordonnance n°21/015 du 3 mai 2021 confère aux autorités militaires des compétences élargies, incluant la possibilité de poursuivre des civils devant les juridictions militaires pour des faits liés à la sûreté de l’État. La procédure parlementaire prévoit toutefois l’examen préalable du dossier par une commission spéciale avant un vote en plénière.
Cette requête intervient dans un contexte sécuritaire toujours tendu dans le Grand Nord-Kivu, où les villes de Butembo et Beni restent exposées à l’activisme de plusieurs groupes armés. Nommé gouverneur militaire en septembre 2024, le général-major Somo Kakule Evariste a pour mission de restaurer l’autorité de l’État dans la province.
Au moment de cette publication, le député Mbindule Mitono Crispin n’a toujours pas réagi publiquement aux accusations portées contre lui. L’ANR/Beni ne s’est pas non plus prononcée sur l’ouverture effective d’une enquête. Le bureau de l’Assemblée nationale devra se saisir du dossier dans les prochains jours pour examiner la demande de levée d’immunité.
Roger AMANI
