La commune rurale d'Oicha, chef-lieu du territoire de Beni (Nord-Kivu), est confrontée à une situation de tension sociale et sécuritaire explosive. Excédée par la persistance des tueries de civils attribuées aux présumés rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), la population menace de basculer dans l'incivisme fiscal si ses exigences de rétablissement de la paix et de changement à la tête de l'administration locale ne sont pas satisfaites.
Après un rendez-vous manqué, la société civile noyau d'Oicha, sous la direction de son président Isaac Kavalami, a tenu un rassemblement significatif ce mardi 30 septembre 2025. Une « ribambelle de personnes » s’est réunie dans la salle GREFAMU, au quartier Bakaiku, pour écouter et formuler des recommandations face à l'échec des autorités à contenir la violence.
La recrudescence des massacres perpétrés par les ADF ces derniers jours a servi de catalyseur à cette mobilisation. Les participants, victimes directes des atrocités, ont exprimé leur désarroi face à une insécurité qui dure et qui semble défier toutes les tentatives de stabilisation.
Des recommandations radicales pour un changement immédiat
Les populations réunies ont formulé des exigences claires et radicales, visant à la fois la gouvernance locale et l'appareil sécuritaire :
1. Départ du Bourgmestre d'Oicha : La démission de la Bourgmestre actuelle, identifiée comme Eugénie, est exigée. Elle est notamment accusée de gabegie financière, un grief qui témoigne de la rupture de confiance entre l'administration et les administrés, dans un contexte où les ressources publiques sont perçues comme mal gérées au détriment de la sécurité.
2. Remplacement du chef de la Police : La population réclame également le départ du numéro un de la Police Nationale Congolaise (PNC) pour le territoire de Beni, estimant que l’échec sécuritaire est directement lié à l’inefficacité du commandement local.
3. Audiences publiques : Les manifestants ont sollicité l’organisation d’audiences publiques pour les collaborateurs des terroristes ADF déjà interpellés et « aux arrêts ». Cette demande traduit un besoin impérieux de transparence, de justice, et de clarification des réseaux de soutien aux rebelles.
L'incivisme fiscal comme ultime moyen de pression
L'acte le plus fort de cette mobilisation reste la menace d'entrer dans l'incivisme fiscal dans les jours qui suivent. Les populations considèrent que le non-paiement des impôts et taxes sera leur unique recours pour forcer l'État à agir.
« Cette même population a soutenu l'idée d'entrer dans l'incivisme fiscal dans les jours qui suivent s'il n'y a aucune solution à leur revendication générale qui est la paix », a confirmé Isaac Kavalami.
Cette mesure de rétorsion économique met les autorités face à un dilemme : soit elles répondent rapidement aux exigences sécuritaires et de gouvernance, soit elles risquent de voir une diminution drastique des recettes publiques locales, alimentant un cycle de crise et de défiance populaire. La situation à Oicha est un indicateur alarmant de la détérioration du contrat social entre l'État congolais et ses citoyens dans les zones affectées par les conflits armés.
Kasivika D'Alzon Emmanuel depuis BENI
