C’est un paradoxe qui frôle l’absurde. Dans la deuxième ville de la République démocratique du Congo, cœur battant de l’économie nationale et épicentre de l’industrie minière, l’eau potable est devenue un luxe.
Une denrée rare, précieuse, parfois inaccessible. Et pour des centaines de milliers de Lushois, le quotidien se résume à une quête éreintante: remplir un bidon jaune.
Dans les quartiers de Kalebuka, Mampala, Kamatete, Kasapa (marché Moïse) ou encore Bongonga, les robinets de la REGIDESO sont à sec depuis des semaines. Les habitants, livrés à eux-mêmes, se rabattent sur des puits taris ou des sources douteuses, au péril de leur santé. Les femmes, les enfants, les vieillards, tous arpentent les rues, bidon à la main, à la recherche d’un point d’eau encore fonctionnel. _Le bidon jaune est devenu le symbole silencieux d’un échec collectif.
Pourtant, Lubumbashi n’est pas une ville oubliée. Elle génère des milliards de dollars grâce au cuivre et au cobalt. Elle abrite des sièges de multinationales, des hôtels de luxe, des villas cossues. Mais dans les quartiers populaires, c’est la soif qui règne. Un contraste aussi cruel qu’incompréhensible.
Comment expliquer qu’une ville aussi stratégique soit incapable d’assurer l’accès à l’eau potable à ses citoyens? La réponse tient en un mot: gouvernance. Mauvaise planification, infrastructures vétustes, corruption endémique, absence de vision à long terme ; autant de maux qui plombent la gestion de l’eau à Lubumbashi.
Pendant ce temps, les Lushois s’organisent. Des forages privés émergent, les vendeurs d’eau se multiplient, les prix flambent. Et l’injustice s’installe: ceux qui ont les moyens boivent, les autres attendent la pluie.
Par Roger AMANI
