L’Université de Kananga (UNIKAN), à travers sa Faculté de Médecine, continue de se distinguer par des travaux scientifiques abordant des problématiques majeures de santé publique en République démocratique du Congo.
C’est dans ce cadre qu’Augustin Tshibanda Muamba, étudiant en médecine, a brillamment ce samedi 7 février 2026 défendu son travail de fin de cycle consacré à la tocophobie, une forme pathologique de la peur de l’accouchement, encore largement méconnue dans le contexte congolais.
Intitulée « Facteurs influençant la tocophobie chez les femmes enceintes consultant à l’Hôpital de l’Amitié Sino-Congolaise de Kinshasa », cette étude transversale a été menée de janvier à décembre 2025 au sein du département de Neuro-Psychiatrie. Le travail a été réalisé sous la direction du Professeur Docteur Hutu Kabamba Bin Kayoka Victor, neuropsychiatre de renom au Centre Neuro-Psychiatrique de Kinshasa.
Mettre en lumière une réalité souvent banalisée
Dans son exposé, le récipiendaire a souligné que, bien que la grossesse soit généralement perçue comme une période de joie, elle constitue également une phase de forte vulnérabilité psychologique. La peur de l’accouchement, fréquente chez les femmes enceintes, est souvent minimisée ou assimilée à une anxiété normale de la grossesse. Pourtant, lorsqu’elle devient intense et persistante, elle peut évoluer vers une pathologie reconnue par l’Organisation mondiale de la santé : la tocophobie.
En RDC, et particulièrement à Kinshasa, cette dimension de la santé mentale périnatale demeure peu explorée scientifiquement et insuffisamment intégrée dans le suivi prénatal, ce qui justifie la pertinence et l’originalité de cette recherche.
Objectifs et méthodologie
L’objectif général de l’étude était d’évaluer le niveau de peur de l’accouchement et les facteurs associés chez les femmes enceintes consultant à l’Hôpital de l’Amitié Sino-Congolaise. De manière spécifique, il s’agissait de décrire les caractéristiques sociodémographiques et obstétricales des gestantes, d’estimer la prévalence de la peur de l’accouchement et de la tocophobie, et d’analyser les facteurs associés à cette peur.
Il s’agit d’une étude transversale descriptive et analytique, menée auprès de 64 femmes enceintes reçues en consultation prénatale. La collecte des données a été réalisée à l’aide de l’application KoboToolbox, sur la base d’un questionnaire structuré. L’évaluation de la peur de l’accouchement s’est appuyée sur l’Échelle de la Peur de l’Accouchement (EPA), un outil standardisé de 21 items permettant de classifier la peur en niveaux cliniquement pertinents.
Des résultats préoccupants
Les résultats de l’étude révèlent une prévalence élevée de la peur de l’accouchement. En effet, 84,4 % des participantes présentaient une peur élevée ou très élevée, dont 25 % souffraient d’une peur très intense compatible avec une tocophobie.
L’analyse statistique a mis en évidence une association significative entre l’âge et le niveau de peur, les femmes âgées de moins de 30 ans étant les plus exposées aux formes sévères. En revanche, aucune association statistiquement significative n’a été observée avec le niveau d’instruction ni avec les antécédents obstétricaux traumatiques.
Ces proportions, supérieures à celles rapportées dans certaines études internationales, pourraient s’expliquer par des facteurs socioculturels, le faible accès au soutien psychologique, ainsi que la prise en charge encore limitée de la santé mentale périnatale dans le système de soins prénatals en RDC.
Un appel à repenser le suivi prénatal
Malgré certaines limites notamment la taille réduite de l’échantillon, le caractère transversal de l’étude et l’utilisation d’un outil auto-déclaratif les résultats obtenus apportent un éclairage scientifique précieux sur une problématique jusque-là peu documentée dans le pays.
En effet, cette étude plaide pour l’intégration systématique du dépistage de la peur de l’accouchement dans les consultations prénatales, ainsi que pour le renforcement de l’éducation, de l’information et de l’accompagnement psychologique des femmes enceintes. Elle contribue ainsi à promouvoir une approche plus globale et plus humaine de la santé maternelle en République démocratique du Congo.
Après débat et délibération, le jury a déclaré le travail du médecin stagiaire Augustin Tshibanda Muamba recevable, saluant la pertinence du sujet, la rigueur méthodologique et l’apport scientifique de cette recherche.
Denis Ngalamulume
