Le procès du lieutenant-général Philémon Yav se poursuit devant la Haute Cour militaire. Lors de l’audience du mardi 17 février, le premier président de la juridiction a suggéré de recourir au Conseil national de la cyberdéfense (CNC) pour examiner les téléphones du prévenu. Cette proposition intervient après que l’Agence nationale de renseignements (ANR) a reconnu ne pas disposer des moyens techniques nécessaires pour extraire et restaurer le message au cœur de l’accusation.
Une défense méfiante
La défense s’est opposée à cette éventualité, doutant de l’impartialité du CNC. Elle rappelle que le ministère public détient les téléphones du général Yav depuis 2022 et estime qu’il avait largement le temps de mener les investigations techniques avant l’ouverture du procès.
Me Carlos Ngwapitshi a déclaré :
« Qui nous garantit qu’un tel service produira un rapport impartial ? Le ministère public est en possession des téléphones depuis quatre ans. Pourquoi ces investigations n’ont-elles pas été menées plus tôt, à la phase préjuridictionnelle ? »
Le général Yav lui-même a exprimé ses réserves, affirmant ne pas faire confiance au responsable actuel du CNC, qu’il considère comme impliqué dans les circonstances de son arrestation.
La riposte du ministère public
Le ministère public a répliqué que la défense cherchait à éviter l’émergence de la vérité. L’auditeur général a assuré détenir des preuves irréfutables, citant notamment le témoignage du défunt général-major Peter Cirimwami. Selon l’accusation, Yav aurait dissimulé à sa hiérarchie un message transmis par le général Senkoko, en provenance du Rwandais James Kabarebe, désignant Cirimwami comme un obstacle à un plan de déstabilisation de la RDC.
Le parquet considère suspect le fait que le prévenu n’ait pas informé le chef d’état-major des FARDC, alors même que le gouverneur était présent à ses côtés. Il évoque également un « aveu » du général Yav, qui aurait reconnu avoir reçu un message via Senkoko, ainsi que les déclarations de plusieurs officiers entendus par la Cour.
Des versions contradictoires
Le général Yav nie catégoriquement avoir reçu un message de James Kabarebe. Il admet toutefois avoir reçu un message anonyme accusant les FARDC d’utiliser les FDLR sur le champ de bataille. Selon lui, le général Cirimwami lui aurait confié avoir reçu un message similaire.
Audience renvoyée
Au terme des débats, la Haute Cour militaire a suspendu l’audience et fixé la reprise au vendredi 20 février. Les juges devront alors décider s’il convient ou non de solliciter l’expertise du CNC pour analyser les téléphones du prévenu.
Le lieutenant-général Philémon Yav est poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires à la loi. Il est notamment accusé d’intelligence avec les ennemis de la République, en particulier le Rwanda.
Rédaction
