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LIBRE OPINION
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Dimanche 19 juillet 2026

Nombre de lectures: 193

RDC - Dialogue National : De Kabila à Tshisekedi, le retour du scénario de 2016 [ Édito ]

Alors que Patrick Muyaya défend une inclusivité à géométrie variable et que le Cardinal Ambongo réclame un dialogue véritablement inclusif, le pouvoir met en place à Kinshasa la mécanique bien connue de 2016. Un premier dialogue entre convenus pour justifier un gouvernement de cohésion, dont le rejet programmé servira de prétexte pour gagner du temps. Décryptage d'une stratégie où l'ombre de Kodjo plane toujours.

Il y a des signes qui ne trompent pas en politique congolaise. Il y a des phrases qui, mises côte à côte, racontent mieux que de longs discours la stratégie qui se met en place.

Prenez la sortie musclée de Patrick Muyaya sur l'inclusivité à géométrie variable, ajoutez-y la déclaration d'Ejiba Yamampia, puis superposez l'appel pressant du Cardinal Fridolin Ambongo à un dialogue véritablement inclusif. Le décor est planté. Le scénario est connu.

Le pouvoir de Kinshasa est en train de rejouer, presque trait pour trait, le film de 2016. Le fameux dialogue à la Edem Kodjo.

À l'époque, Joseph Kabila, acculé par la fin de son dernier mandat constitutionnel, avait inventé une mécanique redoutable, un dialogue pour gagner du temps, un gouvernement de cohésion pour diviser l'opposition, et un glissement pour rester. Aujourd'hui, sous Félix Tshisekedi, la carte Kabila se Tshisekedise.

Ce qui se dessine sous nos yeux n'est pas une recherche de paix. C'est une ingénierie politique de survie.

Premier acte, le dialogue des convenus

La stratégie actuelle du Chef de l'État, Félix Tshisekedi, ne vise pas l'unanimité. Elle vise l'efficacité. Elle repose sur une approche progressive, en deux temps, où le premier dialogue n'a pas vocation à résoudre la crise, mais à la mettre en scène.

L'objectif immédiat est clair, constituer un cadre de concertation avec les acteurs les plus disposés à y participer. Les alliés naturels, les opposants fatigués, les figures de la société civile en quête de positionnement. Peu importe si les poids lourds de l'opposition posent des conditions préalables, s'ils exigent des garanties sur la CENI, sur la Constitution, sur la fin de la guerre à l'Est. On avancera sans eux.

Dans cette logique, le sort de la CENCO et de l'ECC est déjà écrit. Fidèles à leur exigence d'inclusivité réelle, les deux Églises constateront que les critères d'un dialogue crédible ne sont pas réunis. Elles prendront leurs distances, dénonceront un processus biaisé, et se retireront. Leur retrait ne sera pas un échec pour le pouvoir, il sera une étape prévue du plan.

Car le relais est déjà identifié. Pour éviter l'enlisement et surtout pour ne pas laisser le monopole moral à la CENCO, d'autres confessions seront mises en lumière : l'Église de Réveil du Congo, l'ERC, avec sa force de mobilisation populaire, et la communauté musulmane. Un attelage religieux plus docile, plus malléable, qui permettra de dire que « les confessions religieuses accompagnent le processus ». Et dans ce jeu, l'ECC, plus proche du pouvoir et plus divisée en interne que l'Église catholique, pourrait être extraite du duo CENCO-ECC pour apporter la caution protestante qui manquait.

Le dialogue aura lieu. Mais ce sera un dialogue des convenus, pas un dialogue des concernés.

Deuxième acte, le gouvernement de combat et la politique du butin

Une fois ce premier cercle de concertation bouclé, la deuxième étape s'enclenchera avec une rapidité déconcertante. Il faudra tirer les conséquences politiques du dialogue. Et quelle meilleure conséquence qu'un gouvernement de cohésion nationale ?

Présenté comme une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle, la guerre dans l'Est, ce gouvernement sera paré de toutes les vertus, union sacrée, sursaut patriotique, gouvernement de combat.

On y verra entrer quelques figures de l'opposition dite modérée, quelques activistes de la société civile reconvertis, et peut-être, cerise sur le gâteau, un Premier ministre issu de l'opposition. Un poste prestigieux mais encadré, surveillé, neutralisé.

C'est la vieille recette zaïro-congolaise qui a toujours fonctionné. Intégrer une partie de l'opposition pour mieux isoler les irréductibles. Donner des postes pour faire taire les voix. Distribuer du pouvoir apparent pour conserver le pouvoir réel.

L'histoire est un éternel recommencement. En 2016, Samy Badibanga puis Bruno Tshibala avaient servi de masque à la continuité Kabiliste. Demain, qui servira de masque à la continuité Tshisekediste ?

Troisième acte, le rejet utile et le vrai dialogue

C'est ici que la manœuvre révèle toute son intelligence.

Ce gouvernement de cohésion, issu d'un dialogue tronqué, sera mécaniquement rejeté. Rejeté par les opposants les plus fermes, qui crieront à la supercherie. Rejeté par les groupes politico-militaires de l'Est, AFC/M23 en tête, qui ne se sentiront nullement concernés par des arrangements kinois.

Ce rejet, qui semble être un échec, sera en réalité l'argument le plus puissant du pouvoir.

Voyez, dira-t-on, nous avons tendu la main, mais certains refusent la paix. Pour les ramener, il faut donc un dialogue encore plus large, encore plus inclusif. Un vrai dialogue, cette fois.

Et c'est à ce moment précis, au moment où tout le monde réclamera ce second dialogue, que la Cenco et l'Ecc seront rappelées. Solennellement. Avec tous les honneurs. Pour conduire enfin le véritable dialogue national, celui auquel participeront les absents d'hier.

Le cercle sera bouclé. Sauf que pendant ce temps, deux ou trois années se seront écoulées. Le calendrier électoral aura été subtilement étiré. Les contraintes constitutionnelles auront été repoussées par la force de la « crise ». On ne l'appellera plus glissement, on l'appellera réalisme, on l'appellera patriotisme. Mais le résultat sera le même, du temps gagné.

Le but final: la recomposition

L'autre effet, et non des moindres, sera une recomposition totale du paysage politique. Comme en 2016, la perspective d'un nouveau partage va déclencher une ruée. Les débauchages vont se multiplier. Des cadres quitteront leurs partis d'opposition pour rejoindre la nouvelle majorité de cohésion. Des membres de la société civile troqueront leur toge contre un portefeuille ministériel. Et même au sein des mouvements rebelles, des lignes de fracture apparaîtront entre ceux qui voudront tenter l'aventure de Kinshasa et les durs qui resteront dans le maquis.

Chacun cherchera à préserver ses intérêts dans le nouveau rapport de forces.

Le cadre ultra-restreint et opaque de la récente rencontre à la Cité de l'Union Africaine entre le Président et une poignée de chefs religieux en est la preuve la plus flagrante. Ce n'était pas une consultation. C'était un casting.

Derrière l'appel à l'unité, il y a une science de la division. Derrière l'appel au dialogue, il y a un agenda de conservation du pouvoir.

Félix Tshisekedi, qui a tant dénoncé le dialogue de Kodjo en 2016, est en train d'en devenir le meilleur élève. L'opposant d'hier a retenu toutes les leçons du maître d'hier.

Et nous, nous continuerons à écrire pour que l'histoire ne se répète pas en silence.


Roger AMANI — Journaliste-Éditorialiste | Directeur général d'Expressmedias.net.

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