L’opposant congolais, Moïse Katumbi, durcit sa position face au projet de réforme constitutionnelle actuellement débattu au Parlement. Dans un entretien exclusif accordé à DW, l’ancien gouverneur du Katanga accuse le pouvoir de Kinshasa de « franchir une ligne rouge » et exhorte le président Félix Tshisekedi à honorer son serment de protéger la loi fondamentale.
Pour Moïse Katumbi, toucher à la Constitution reviendrait à fragiliser le socle des droits des Congolais. « La Constitution n’est pas une chemise que l’on change à volonté », a-t-il martelé.
« Le président Tshisekedi a juré de la protéger devant la nation et devant Dieu. S'il ne respecte pas sa propre Constitution, on peut se demander s'il respectera même les autres accords internationaux. »
L’opposant rappelle les précédents accords politiques de Tshisekedi, notamment avec l’ancien président Joseph Kabila, qui l’aurait « porté au pouvoir ». « Il y a eu des accords qu'il n'a pas respectés, et il y en a beaucoup. Donc, modifier la constitution, c'est jeter un accord aux oubliettes », dénonce-t-il.
Le leader d’Ensemble pour la République estime que le débat constitutionnel détourne l’attention des urgences réelles. « Les gens n'ont pas d'eau potable, ils n'ont pas la sécurité, ils n'ont pas de quoi se nourrir. Ce pays, c'est le peuple congolais, et le peuple a clairement montré qu'il ne veut pas de changement constitutionnel », affirme-t-il, évoquant les manifestations pacifiques et journées ville morte déjà organisées par l’opposition.
Selon lui, les maux du pays relèvent d’abord de la mauvaise gouvernance, de l’insécurité persistante et de la dégradation des conditions de vie, pas du texte constitutionnel.
Interrogé sur les chances du camp présidentiel de faire adopter la réforme malgré la mobilisation de l’opposition, Katumbi se montre catégorique : « Ils n'y arriveront pas ».
Il adresse un conseil direct au chef de l’État : « Je conseille au président Tshisekedi de faire passer l'intérêt du peuple avant tout et d'éviter les décisions qui pourraient entraîner un bain de sang. Il vaut mieux partir et ne pas avoir le sang dans ses mains ».
Face aux tensions politiques et sécuritaires, Moïse Katumbi prône une sortie de crise par la discussion. « Une solution durable aux conflits politiques et sécuritaires du pays doit être trouvée par un dialogue authentique et inclusif », insiste-t-il, appelant à réunir toutes les forces vives autour de la table.
Le projet de réforme constitutionnelle, qui suscite une vive controverse depuis plusieurs mois, prévoit notamment des modifications sur la durée et le nombre de mandats présidentiels. Le camp présidentiel défend une « modernisation des institutions », tandis que l’opposition y voit une manœuvre pour maintenir Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de 2028. Le Parlement poursuit ses travaux dans un climat de forte polarisation.
Roger AMANI
