Les tensions politiques montent d’un cran en République démocratique du Congo. Lundi 22 juin 2026, lors d’une causerie politique avec sa base dans la commune de Limete, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, parti présidentiel, a directement accusé l’ancien président Joseph Kabila d’être l’auteur de l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila.
« Comment peut-on accéder au pouvoir à la suite d’un coup d’État sans en être impliqué ? Ce n’est un secret pour personne : c’est Kabila qui a tué Laurent-Désiré Kabila », a lancé Augustin Kabuya devant des militants.
Ces propos font référence à la mort de Laurent-Désiré Kabila, troisième président de la RDC, tué par balles le 16 janvier 2001 dans son bureau du Palais de Marbre à Kinshasa. Le lendemain, Joseph Kabila, alors âgé de 29 ans et chef d’état-major des Forces terrestres, prêtait serment comme chef de l’État pour lui succéder.
Depuis plus de deux décennies, les circonstances exactes de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila restent controversées. Le procès qui a suivi a condamné à mort plusieurs dizaines de personnes, dont Eddy Kapend, aide de camp du défunt président, avant qu’ils ne soient graciés par l'actuel président, Félix Tshisekedi. Aucune enquête internationale indépendante n’a cependant permis de lever toutes les zones d’ombre sur les commanditaires.
Cette sortie d’Augustin Kabuya intervient dans un contexte politique déjà électrique. Le climat est marqué par la campagne en cours sur le projet de changement constitutionnel et par des échanges de plus en plus acerbes entre la majorité et le camp de l’ancien président. Joseph Kabila, qui s’est récemment exprimé depuis l’étranger, est régulièrement présenté par l’UDPS comme « l’homme de la déstabilisation ».
Du côté du PPRD, parti de Joseph Kabila, aucune réaction officielle n’est encore enregistrée mardi jusqu'à présent. Des cadres contactés dénoncent toutefois « des accusations graves, sans preuves, qui relèvent de la diffamation politique ».
Avec cette déclaration, le secrétaire général de l’UDPS rouvre un dossier ultra-sensible de l’histoire congolaise, 25 ans après les faits. Elle risque d’accentuer la polarisation entre les deux camps, alors que le pays s’achemine vers des échéances politiques majeures.
Roger AMANI
