Trois jours après la sortie de Félix Tshisekedi sur la Constitution, la réponse de l'opposition est tombée depuis Rome. Et elle est cinglante.
Le samedi 24 octobre 2026, devant les députés et sénateurs de l'Union sacrée réunis à la Cité de l'Union africaine à Kinshasa, le Président a assumé son désamour pour la loi fondamentale.
« Cette Constitution, je ne l'aime pas, et vous le savez », avait-t-il lâché devant sa majorité, selon plusieurs sources présentes à la rencontre. Et d'ajouter : « Vouloir la changer ou la toucher, c'est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m'arrête là ».
Dans la foulée, le chef de l'État a justifié sa position par sa mission : « celle de mettre le pays sur les rails, d'installer une paix véritable et durable ». Il assure n'avoir aucune intention de dépasser les limites de son mandat, mais renvoie la balle à ses partisans.
La réponse de Rome : « Elle doit être respectée »
La réplique est venue ce 27 octobre, depuis Rome. Réuni en conclave du 25 au 27 octobre pour la première fois avec ses cinq membres au complet, le Présidium de la Coalition Article 64 (C64) a consacré une grande partie de sa déclaration à ce point précis.
Pour Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, l'argument de l'affection personnelle ne tient pas.
La C64 rappelle que « une majorité parlementaire quelle qu'elle soit ne peut s'affranchir de la Constitution. Une loi sur le référendum ne saurait contourner les verrous de l'article 220, notamment ceux relatifs au nombre et à la durée des mandats présidentiels ». C'est une allusion directe à l'adoption, le 23 octobre, par l'Assemblée nationale du texte fixant les conditions d'organisation du référendum.
Et la coalition d'enfoncer le clou, reprenant mot pour mot la rhétorique présidentielle pour mieux la retourner :
« Aucune ambition personnelle ni mission invoquée par Félix Tshisekedi et ses partisans ne justifie la confiscation du pouvoir ou la remise en cause de l'alternance démocratique. Une Constitution n'a pas à être “aimée” ni désirée ; elle doit être scrupuleusement respectée et appliquée ».
2028, l'échéance qui fâche
Derrière le débat sémantique sur le verbe « aimer », se joue l'avenir institutionnel. La référence à 2028 faite par Tshisekedi n'est pas anodine. Elle renvoie à la prochaine présidentielle.
En disant « si en 2028 vous refusez, je m'arrête là », le Président place son camp devant un choix, tout en se dédouanant. La C64 y voit au contraire un projet de « coup d'État constitutionnel » visant à maintenir le pouvoir au-delà des limites constitutionnelles.
C'est dans ce contexte que la coalition annonce vouloir « donner une ultime chance au pays de préserver son intégrité territoriale » en allant rencontrer Félix Tshisekedi d'une part, et Joseph Kabila d'autre part, pour convenir d'un « vrai dialogue national inclusif ».
Une initiative qui, sur le fond, porte un message simple à celui qui dit ne pas aimer la Constitution : on ne lui demande pas de l'aimer, on lui demande de la respecter.
Roger AMANI
