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ÉDUCATION
Dénis Ngalamulume, rédacteur en chef

Publié le Samedi 08 août 2026

Nombre de lectures: 89

RDC : À l’approche de la rentrée scolaire, les enseignants mettent le Gouvernement face à ses engagements

À trois semaines de la rentrée scolaire 2026-2027, le secteur de l’éducation nationale en République démocratique du Congo se trouve à nouveau sous tension. La Synergie des Syndicats des enseignants a annoncé un mouvement de protestation à la reprise des cours, mettant en avant plusieurs revendications liées aux salaires, à la mécanisation des enseignants non payés et aux conditions de travail. Une situation qui place le Gouvernement, et particulièrement le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté dirigé par Raïssa Malu Dinanga, devant l’urgence de donner des réponses concrètes avant la rentrée.

La décision ressort de l’Assemblée générale de la Synergie des Syndicats tenue le 6 août 2026 à Kinshasa. Les représentants des enseignants dénoncent notamment le retard dans la mise en œuvre de plusieurs engagements pris en faveur du personnel enseignant et estiment que leurs revendications restent insuffisamment prises en compte dans les discussions avec le Gouvernement.

Parmi les principales exigences figurent notamment la fixation d’un salaire minimum de 500 dollars américains pour chaque enseignant, l’ouverture de travaux consacrés à la politique salariale avec l’ensemble des parties prenantes, la prise en charge effective des enseignants nouvelles unités (NU) et non payés (NP), l’amélioration du régime de retraite ainsi que la valorisation de la fonction d’inspecteur de l’enseignement.

Au-delà du mot d’ordre syndical, la question de la prise en charge des enseignants non payés demeure l’un des dossiers les plus sensibles à l’approche de la rentrée. Depuis plusieurs années, des enseignants affirment exercer leur métier sans être intégrés au fichier de paie de l’État. Certains établissements scolaires disent ainsi fonctionner avec des enseignants ayant accumulé de nombreuses années de service sans mécanisation.

La situation alimente la frustration dans les écoles, alors que les enseignants concernés espéraient une régularisation à la faveur des différentes opérations annoncées par les autorités.

En juin 2026, la DINACOPE avait notamment publié des listes d’enseignants non payés affectés dans de nouvelles écoles secondaires en vue de leur certification et de leur éventuelle régularisation au troisième trimestre. Mais, selon plusieurs témoignages recueillis auprès des acteurs du secteur, la paie de juillet n’a pas apporté la régularisation attendue pour une partie importante des concernés.

« Au mois de juin, la DINACOPE a sorti des listes des NP qui sont dans les nouvelles écoles secondaires pour certification, en vue de leur régularisation au troisième trimestre. Une fois de plus, cette promesse n’est pas tenue. C’est une grande déception pour nous », témoigne un préfet des études dont l’établissement fonctionne depuis plusieurs années sans mécanisation de certains membres du personnel.

Pour ces enseignants, l’absence de régularisation constitue désormais un facteur important de démotivation à quelques semaines de la reprise des cours.

La question de la mécanisation renvoie également à l’opération de toilettage du fichier de paie des enseignants lancée en 2025 par le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté.

Présentée comme un moyen d’identifier les anomalies et de récupérer des ressources susceptibles de contribuer à la prise en charge des enseignants non payés, cette opération avait été lancée après une annonce faite par Raïssa Malu Dinanga lors d’un briefing de presse en septembre 2025.

Le rapport annuel du ministère avait par la suite fait état d’environ 11 milliards de francs congolais récupérés dans la seule ville de Kinshasa.

Cependant, ces résultats avaient suscité des interrogations au sein du mouvement syndical. Daniel Bikenge, syndicaliste ayant participé à l’opération de toilettage, avait notamment questionné les conditions dans lesquelles les résultats de Kinshasa avaient été rendus publics, estimant qu’une validation par la commission compétente devait intervenir au préalable.

Au-delà de cette controverse, une autre question demeure : quel est le bilan global de l’opération à l’échelle nationale et dans quelle mesure les ressources récupérées ont-elles contribué à la prise en charge des enseignants non payés ?

La publication de données détaillées sur l’ensemble du processus apparaît ainsi comme l’une des attentes des acteurs du secteur.

La politique salariale n’est pas le seul dossier qui suscite des interrogations. Dans le cadre du plan quinquennal 2025-2029 de l’Éducation nationale, le ministère avait également annoncé des orientations concernant la formation des enseignants du primaire, avec notamment la perspective d’un niveau de formation plus élevé, jusqu’au Bac+3.

Cette réforme soulève toutefois plusieurs questions parmi les enseignants déjà en fonction. La création effective des structures destinées à assurer cette formation, les modalités de transition et le sort des enseignants actuellement en service restent notamment au centre des préoccupations.

Pour certains acteurs du secteur, la réussite de cette réforme dépendra autant de la volonté politique que de la capacité du Gouvernement à accompagner les enseignants concernés.

La contestation actuelle ne se limite cependant pas aux relations entre les enseignants et le Gouvernement. Certains enseignants expriment également leur méfiance à l’égard des organisations syndicales, accusées par une partie de la base de ne pas toujours traduire fidèlement leurs préoccupations lors des négociations avec les autorités.

Des enseignants évoquent notamment les avantages matériels dont bénéficieraient certains délégués lors des rencontres avec le Gouvernement. Ces accusations restent toutefois à confronter aux explications des organisations syndicales concernées et ne sauraient être considérées comme établies en l’absence d’éléments permettant de les confirmer.

La coexistence de plusieurs plateformes syndicales, notamment l’Intersyndicale des enseignants et la Synergie des syndicats, contribue par ailleurs à un paysage syndical parfois marqué par des positions divergentes.

Cette situation pose une question essentielle : les différentes organisations seront-elles capables de présenter un front suffisamment uni pour défendre les revendications de leurs bases à l’approche de la rentrée ?

La pression exercée sur Raïssa Malu Dinanga ne signifie pas pour autant que tous les enseignants réclament son départ. Certains acteurs interrogés estiment qu’un changement à la tête du ministère ne permettrait pas nécessairement de résoudre les difficultés structurelles du secteur. Ils redoutent qu’une nouvelle équipe ministérielle ne soit contrainte de reprendre plusieurs dossiers depuis le début.

Pour ces enseignants, la priorité devrait plutôt être donnée à l’achèvement des chantiers déjà engagés, particulièrement la mécanisation et la régularisation des enseignants non payés.

Cette position traduit une réalité plus complexe : le mécontentement du personnel enseignant ne se résume pas à la personnalité de la ministre, mais renvoie à des problèmes structurels qui dépassent plusieurs mandats ministériels.

À quelques semaines de la rentrée scolaire, la balle est désormais dans le camp du Gouvernement. Les enseignants attendent des clarifications sur la mécanisation, la politique salariale, le traitement des enseignants nouvelles unités et non payés, mais aussi sur les différentes réformes annoncées dans le secteur.

La rentrée scolaire 2026-2027 apparaît ainsi comme une échéance particulièrement sensible pour les autorités éducatives. Au-delà des annonces, les enseignants veulent désormais mesurer les engagements du Gouvernement à travers des décisions concrètes et vérifiables.

Le défi pour Raïssa Malu Dinanga sera donc de rétablir la confiance avec une communauté éducative qui réclame davantage de visibilité sur son avenir professionnel.

Si aucun compromis n’est trouvé avant la reprise des cours, le mouvement annoncé par la Synergie des Syndicats pourrait transformer la rentrée scolaire en une nouvelle épreuve de force entre les enseignants et le Gouvernement.

Avec Congoprofond.net

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Dénis Ngalamulume, rédacteur en chef

Publié le Samedi 08 août 2026

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