Il était l'un des hommes les plus redoutés de la République démocratique du Congo sous Joseph Kabila. Kalev Mutond, ancien administrateur général de l'Agence nationale de renseignements (ANR), est décédé ce lundi 5 octobre à Paris, selon une source familiale contactée par le journaliste Stanislas Bujakera.
L'information, confirmée en matinée par la famille, ne précise pas encore les circonstances de son décès.
Le « super flic » du régime Kabila
Originaire du sud du Katanga, Kalev Mutond incarnait à lui seul l'appareil sécuritaire du régime Kabila.
Formé au sein de l'ANR, il gravit tous les échelons jusqu'à devenir administrateur principal de la Direction de la sécurité intérieure (DSI), sous la direction de Jean-Pierre Daruwezi Mokombe, avant d'être nommé à la tête de l'Agence en octobre 2011.
Il restera à ce poste stratégique pendant près de huit ans, jusqu'au 19 mars 2019, soit quelques semaines après l'alternance au sommet de l'État. Un record de longévité à la tête des services civils de renseignement congolais. Dans les milieux politiques et sécuritaires de Kinshasa, on le surnommait le « super flic ».
Proche parmi les proches de Joseph Kabila, il était considéré comme l'un des gardiens du régime, au cœur de tous les dossiers sensibles, de la gestion de l'opposition à la sécurisation du pouvoir.
Sanctions internationales et démêlés judiciaires
Ce rôle central lui a valu d'être dans le viseur de la communauté internationale. En décembre 2016, il est sanctionné par les États-Unis pour son rôle présumé dans des violations des droits humains et la répression de manifestations. L'Union européenne lui emboîtera le pas en mai 2017.
Après la chute du régime Kabila, la justice congolaise se saisit de son cas. Visé par des plaintes pour tortures, arrestations arbitraires et détentions illégales, il fait l'objet d'un avis de recherche émis par le parquet près la Cour d'appel de Kinshasa/Gombe.
L'avis de recherche sera finalement suspendu en août 2023, permettant à l'ancien patron de l'ANR de sortir de la clandestinité, lui qui partageait son temps entre Kinshasa et l'étranger.
Avec sa disparition à Paris, c'est une page majeure et controversée de l'histoire sécuritaire de la RDC qui se tourne. L'homme qui connaissait tous les secrets de la République sous Kabila emporte avec lui une partie de l'histoire de ces années de plomb.
Roger AMANI
