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LIBRE OPINION
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Mercredi 09 septembre 2026

Nombre de lectures: 114

RDC : Et si Katumbi succédait à Tshisekedi, les Kasaïens devraient-ils avoir peur ?

À chaque fois que se profile une alternance au sommet de l'État en RDC, la même angoisse revient, à voix basse, dans les familles kasaïennes, à Kananga, à Mbuji-Mayi, à Lubumbashi ou à Kinshasa : que va-t-il nous arriver après ? Cette inquiétude n'est pas inventée. Elle s'enracine dans une histoire lourde, faite de méfiance, de discours identitaires et, à certaines époques sombres, de violences entre communautés katangaises et kasaïennes.

Mais faire de cette blessure une grille de lecture automatique pour l'avenir serait une erreur politique majeure. Surtout si cet avenir s'appelle Moïse Katumbi.

Car contrairement à l'idée reçue qui voudrait faire de Katumbi l'antithèse naturelle des Tshisekedi, l'histoire récente raconte exactement l'inverse. Elle raconte une proximité politique, parfois même humaine, qui a traversé plus d'une décennie.

Tout commence en juillet 2011. Moïse Katumbi est alors le tout-puissant gouverneur du Katanga. Étienne Tshisekedi, opposant historique au régime de Joseph Kabila, annonce un meeting à Lubumbashi. Le contexte est électrique. Loin de bloquer l'événement, Katumbi ordonne que l'ordre soit maintenu et que le leader de l'UDPS puisse s'exprimer librement. Dans le Katanga de 2011, laisser un Tshisekedi parler devant des milliers de personnes n'avait rien d'anodin. C'était un geste politique fort.

Ce geste ne restera pas isolé. 2016 marque le grand tournant. Le pays est au bord de la rupture, Joseph Kabila s'accroche au pouvoir. Dans l'opposition, les vieilles querelles s'effacent au profit d'une nouvelle alliance. Le symbole le plus puissant est la réconciliation entre Étienne Tshisekedi et Gabriel Kyungu wa Kumwanza, deux anciens des 13 parlementaires longtemps opposés. Au centre de cette recomposition, on retrouve Moïse Katumbi.

Dès lors, Katumbi et les Tshisekedi ne sont plus dans deux camps opposés. Ils sont dans le même combat. À Genval, en Belgique, naît le Rassemblement. Étienne Tshisekedi en devient le président du Conseil des sages, Katumbi en est l'un des piliers financiers et politiques. L'alliance est scellée, au-delà des origines katangaises et kasaïennes.

Lorsque le vieux leader s'envole pour Kinshasa afin de consolider le Rassemblement, c'est à bord d'un jet privé mis à disposition par Katumbi. L'image reste dans les mémoires. La relation se prolonge naturellement avec son fils, Félix. Tous deux mènent ensemble le front diplomatique et politique contre Kabila.

La mort d'Étienne Tshisekedi à Bruxelles en février 2017 vient éprouver ce lien. Katumbi fait partie des premiers à apporter son soutien à la famille. Ce n'est plus seulement de la politique, c'est une relation qui s'est installée.

Pendant les négociations de la CENCO, qui doivent dessiner la transition, Félix Tshisekedi s'impose comme la figure centrale de l'opposition. Katumbi le soutient dans sa revendication à la primature. Ils sont encore du même côté.

Il faut attendre Genève, en novembre 2018, pour voir les chemins diverger. Autour de la table, Katumbi, Tshisekedi, Bemba, Fayulu, Kamerhe doivent désigner un candidat commun. Fayulu est choisi. Tshisekedi et Kamerhe claquent la porte. Katumbi soutient d'abord la dynamique de Genève avant que Tshisekedi ne lache sa fameuse phrase : "dura lex sed lex". C'est une rupture tactique, pas une haine communautaire. Une divergence d'ambition, pas de sang.

La suite va même le prouver. En 2020, lorsque Félix Tshisekedi, élu président mais prisonnier d'une majorité FCC, tente de renverser la table, qui le rejoint ? Moïse Katumbi. Avec son parti, Ensemble pour la République, il quitte Lamuka et rallie l'Union Sacrée. Non, Katumbi à lui seul n'a pas fait tomber la majorité de Kabila. Mais sans son ralliement, la bascule aurait été bien plus difficile. À ce moment précis, il choisit de renforcer Tshisekedi, pas de l'affaiblir.

Alors posons la question autrement. Un homme qui a facilité le meeting d'Étienne Tshisekedi à Lubumbashi, qui a co-fondé le Rassemblement avec lui, qui a mis son avion à sa disposition, qui a soutenu son fils à la CENCO et qui a consolidé sa majorité à l'Assemblée nationale peut-il être présenté comme une menace existentielle pour les Kasaïens en raison de son origine katangaise ?

Aucun passé politique ne constitue un blanc-seing pour l'avenir. Un futur président devra être jugé sur ses actes, sur sa capacité à protéger chaque citoyen, pas sur son nom. Mais l'histoire compte. Et l'histoire de Katumbi n'est pas celle d'un homme qui a bâti sa carrière contre les Tshisekedi ou contre les Kasaïens. C'est l'histoire d'un acteur qui, à chaque moment décisif, a travaillé avec eux.

Le vrai défi de l'après-Tshisekedi n'est donc pas de savoir si un Kasaïen peut vivre sous un Katangais. Le vrai défi est de savoir si nous sommes enfin capables de construire un Congo où un Kasaïen peut vivre au Katanga, un Katangais au Kasaï, un Muluba à Kinshasa et un Mongo à Lubumbashi sans avoir à s'excuser de son origine.

Le jour où nous aurons réussi cela, la question ne sera plus « après Tshisekedi, faut-il avoir peur de Katumbi ? » La question sera : « le prochain président, quel que soit son nom, sera-t-il capable de protéger chaque Congolais comme un citoyen à part entière ? »

C'est cette question-là que nous devrions poser dès maintenant.


Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste

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Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Mercredi 09 septembre 2026

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