Cookies Consentement

Ce site web utilise des cookies pour vous aider à bénéficier d'une expérience de navigation supérieure et plus pertinente sur le site web. En savoir Plus...

LIBRE OPINION
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Jeudi 14 mai 2026

Nombre de lectures: 235

RDC : Face au goût du pouvoir, Kabila et Tshisekedi, deux stratégies aux antipodes [ Tribune]

La question du pouvoir en RDC se joue rarement dans les urnes seules. Elle se négocie, se calcule, se met en scène. Entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, deux présidents confrontés au même vertige, la fin d’un mandat constitutionnel, les méthodes divergent. L’un manœuvrait dans l’ombre avec une mécanique bien huilée. L’autre joue la montre, Bible à la main et regard tourné vers l’Est.

Le « Labo » Kabila : l’art du quitte ou double

‎Le mérite qu’on ne peut retirer à Joseph Kabila, c’est d’avoir su s’entourer. Son « labo » : des caciques politiques, des calculateurs froids, des stratèges capables de jouer sur plusieurs tableaux à la fois.

‎2015-2016. Le débat sur le « 3e faux penalty » et la révision constitutionnelle embrase l’opinion. La rue gronde, l’opposition crie au coup d’État constitutionnel. Mais pendant que les esprits s’échauffent sur l’article 220, Kabila finance en coulisses la Ceni. Matériel électoral, enrôlement, budget : la machine est alimentée.

‎Le calcul est double. Si le forcing du 3e mandat passe, tant mieux. S’il échoue, le régime a un plan B : le glissement. Et pour le vendre, il faut des arguments techniques. D’où l’irruption de Corneille Nangaa en Conseil des ministres, fait inédit. La Ceni devient porte-voix du pouvoir : contraintes logistiques, insécurité à l’Est, défis techniques. La société civile, les chancelleries, les partis finissent par avaler la pilule du « glissement technique ».

‎L’indépendance affichée de la Ceni n’était qu’un décor. En réalité, elle s’inféodait à la Kabilie. Mais la mise en scène a fonctionné : Kabila est sorti par la grande porte en 2019, sans effusion de sang majeure, et avec un dauphin qu’il pensait contrôler.

Tshisekedi : le pari divin et l’immobilisme assumé

‎2025-2026. Félix Tshisekedi est à la place qu’occupait Kabila en 2016 : second et dernier mandat, horloge constitutionnelle qui tourne. Officiellement, les élections de 2028 sont maintenues. Officiellement, l’État a les moyens.

‎Mais sur le terrain, rien ne bouge du côté de la Ceni. Pas de calendrier publié, pas de budget électoral défendu avec force, pas de campagne d’enrôlement anticipée. Le chef de l’État, lui, conditionne tout à la guerre. « Pas d’élections crédibles tant que le Rwanda et l’AFC/M23 occupent une partie du territoire », répète-t-il.

‎C’est un pari risqué : prendre un rendez-vous ferme avec Dieu sur la date de fin de la guerre. Car si le conflit s’enlise au-delà de 2028, que fait-on ? Le président affirme dans le même temps disposer d’une armée « montée en puissance », débarrassée de ses « clochards », avec des officiers « tous au gnouf » pour trahison. Si l’outil militaire est si performant, pourquoi l’agenda électoral reste-t-il otage du front Est ?

‎Contrairement à Kabila, Tshisekedi n’a pas de plan B visible. Pas de labo qui prépare l’opinion au glissement, pas de Ceni qui égrène les contraintes pour justifier un report. Il y a un vide stratégique. Et en politique congolaise, le vide est toujours occupé par la rue, par l’opposition, ou par les partenaires extérieurs.

Deux écoles, un même risque

‎Kabila a joué l’ambiguïté jusqu’au bout, en tenant deux fers au feu : le forcing constitutionnel et le glissement technique. Cynique, mais efficace. Tshisekedi joue la sincérité et la verticalité : la guerre d’abord, les élections ensuite. Noble sur le papier, périlleux en pratique.

‎Car le goût du pouvoir a une constante : il rend la sortie difficile. La différence, c’est la manière de préparer cette sortie. L’un l’a théâtralisée avec des acteurs et un scénario. L’autre semble attendre un miracle militaire pour respecter le script constitutionnel.

‎À deux ans de 2028, la RDC est donc suspendue à une question : entre le calculateur et le croyant, qui aura eu la meilleure stratégie pour ne pas brûler le pays ?

L’histoire, elle, ne fera pas de glissement. Elle jugera.

Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste. Directeur général d'Expressmedias.net

LIBRE OPINION
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Jeudi 14 mai 2026

Nombre de lectures: 235

0 Commentaire

Laisser un commentaire

Rubriques
POLITIQUE SOCIÉTÉ LIBRE OPINION ÉDUCATION SANTÉ SPORTS CULTURE SÉCURITÉ JUSTICE INFRASTRUCTURE DIPLOMATIE AFRIQUE MONDE ÉCONOMIE SANTÉ INSÉCURITÉ RELIGION REVUE DE PRESSE

Express MÉDIA est une plateforme en ligne dédiée à l'actualité en RDC, offrant des informations exclusives, vérifiées, certifiées et en temps réel.

© Express Média. Tous droits réservés.