Kinshasa s’est réveillée ce jeudi 14 mai 2026 avec une nouvelle rumeur qui enflammait déjà les réseaux sociaux : le pasteur Moïse Mbiye, figure de l’Église Cité Bethel, aurait été empêché de quitter le pays mardi soir à l’aéroport de N’djili, alors qu’il devait se rendre à Paris.
Des photos floues, prises dans un terminal, montraient un homme en t-shirt noir entouré d’accompagnateurs et de curieux, présentées comme la preuve d’un « blocage » par les services de sécurité. La scène, largement relayée, a aussitôt nourri les interprétations politiques et les commentaires acerbes sur une prétendue « dictature en marche ».
Pourtant, l’information a été rapidement démentie par plusieurs canaux. Des sources aéroportuaires et des proches du pasteur ont assuré qu’aucune mesure d’interdiction n’avait été prise contre lui.
« À l’heure où je vous parle, le pasteur est chez lui à la maison », a confié l’un de ses collaborateurs à la journaliste Rachel Kitsita Ndongo, balayant ainsi les spéculations. La veille déjà, une rumeur similaire circulait, affirmant que Moïse Mbiye avait été empêché de participer à l’émission Bosolo Na Politik à 15 heures. Là encore, aucun élément officiel n’est venu corroborer cette version.
Si le nom de Moïse Mbiye revient avec autant d’insistance dans l’actualité congolaise ces derniers jours, c’est en réalité à cause d’une prédication qui a fait l’effet d’une déflagration. Dimanche 10 mai, du haut de la chaire de Cité Bethel à Limete, le pasteur a livré un message d’une rare virulence contre certains de ses pairs.
Dénonçant ce qu’il a appelé le « camp des lépreux », il a accusé des rassemblements de pasteurs de s’être détournés de leur mission spirituelle pour ne plus parler que de politique et de révision de la Constitution. « Quand ils se retrouvent, ils prennent le vin et ils parlent de changer la Constitution. Ils ne bénissent plus personne », a-t-il lancé, filant la métaphore biblique de la lèpre pour décrire une contagion qui, selon lui, souille l’Église.
La séquence, captée et partagée massivement, est intervenue dans un climat politique particulièrement sensible. Depuis plusieurs mois, le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle divise la classe politique et l’opinion publique, une partie des Congolais redoutant une instrumentalisation à l’approche des prochaines échéances électorales.
Les mots de Moïse Mbiye ont donc résonné bien au-delà des murs de son église. Certains y ont vu un acte de courage, une dénonciation salutaire du mélange entre religion et politique. D’autres y ont lu une attaque voilée contre des figures religieuses réputées proches du pouvoir, et ont répliqué avec virulence sur les réseaux sociaux.
Conscient de l’onde de choc provoquée, le pasteur est revenu sur ses propos dès le lundi 11 mai, lors d’une interview accordée à Top Congo FM. Il a précisé que son intention n’était pas d’interdire le débat, mais d’appeler à « un débat sérieux et approfondi » sur la Constitution. « S’il faut changer la Constitution pour le bien du peuple, changez-la même cinquante fois. Mais si ce n’est pas pour l’intérêt du peuple, il ne faut pas la changer », a-t-il nuancé, tentant de replacer la discussion sur le terrain des idées plutôt que sur celui des invectives.
Cette clarification n’a pas suffi à éteindre la polémique. Dans une société où les leaders religieux pèsent lourd et où chaque prise de parole peut être interprétée comme un positionnement politique, Moïse Mbiye se retrouve malgré lui au centre d’une tourmente médiatique. Les rumeurs sur de supposées convocations, interdictions de voyager ou pressions s’enchaînent, alimentées par la tension qui entoure la question constitutionnelle.
Au final, l’épisode de l’aéroport illustre surtout la fébrilité du moment. Entre vraies déclarations et fausses informations, le pasteur de Cité Bethel cristallise les passions d’un pays suspendu au débat sur sa loi fondamentale. Ce jeudi matin, il était bien chez lui, selon son entourage. Mais dans l’espace public congolais, son nom, lui, continue de voyager à grande vitesse.
Roger AMANI
