La nomination dans la nuit du jeudi 7 août de la nouvelle équipe gouvernementale, baptisée Suminwa 2, a suscité de vives réactions dans les milieux politiques et économiques de la République démocratique du Congo.
Alors que le président Félix Tshisekedi avait publiquement promis une réduction significative de la taille de l’exécutif pour en améliorer l’efficacité, le nouveau gouvernement ne compte que 53 membres, soit une diminution d’un seul poste par rapport à la précédente équipe. Une réduction jugée dérisoire par les analystes, qui y voient un signe de frilosité réformatrice et un manque de volonté politique.
Une promesse non tenue, une déception palpable
En amont de cette annonce, le chef de l’État avait pourtant réaffirmé, lors d’une réunion avec le présidium de l’Union sacrée, sa détermination à former un exécutif « plus resserré et plus efficace ». Cette déclaration avait nourri l’espoir d’une rationalisation des structures gouvernementales, dans un contexte où la RDC fait face à d’importants défis économiques, sécuritaires et sociaux.
Pourtant, la composition du Suminwa 2 déçoit par son manque d’ambition : avec 53 ministres et vice-ministres, le gouvernement reste l’un des plus pléthoriques d’Afrique, une tendance que le président Tshisekedi lui-même avait critiquée par le passé.
Des réactions contrastées : entre satisfecit timide et critiques acerbes
Si l’entourage présidentiel tente de présenter cette légère réduction comme « un premier pas vers une gouvernance plus performante », l’opposition et la société civile dénoncent une manœuvre cosmétique. Pour le député national Jean-Bosco Bahala, « cette pseudo-réforme est une insulte aux contribuables congolais, qui financent un gouvernement surdimensionné et peu efficace ».
Les partenaires internationaux, qui plaident depuis des années pour une optimisation des dépenses publiques, pourraient également voir d’un mauvais œil cette stagnation. Certains bailleurs de fonds conditionnent en effet leur appui à une meilleure gestion des finances publiques, dont la réduction du train de vie de l’État est un volet clé.
Un manque de courage politique ?
Au-delà des chiffres, c’est la méthode qui interroge. La faible marge de manœuvre du président Tshisekedi face aux pressions des différentes factions politiques au sein de l’Union sacrée pourrait expliquer cette timidité réformatrice. « Le président est pris en tenaille entre la nécessité de réformer et les exigences des partis alliés, qui réclament des postes en échange de leur soutien », analyse un observateur proche de la majorité.
Cette situation soulève des inquiétudes quant à la capacité du gouvernement à mener des réformes structurelles, alors que le pays a besoin d’une administration agile pour faire face aux multiples crises.
Malgré les critiques, la Première ministre Judith Suminwa a défendu la nouvelle équipe, assurant qu’elle « travaillera avec rigueur et détermination ». Reste à savoir si ce gouvernement parviendra à dépasser les clivages politiques pour impulser une dynamique de performance, malgré son format quasi inchangé.
Dans les prochains jours, les regards se tourneront vers les premières décisions du Suminwa 2, notamment en matière de lutte contre la corruption, de relance économique et de réforme administrative. Mais d’ores et déjà, cette nomination relance le débat sur la sincérité des engagements du pouvoir en matière de bonne gouvernance.
Denis Ngalamulume