L’Église catholique entre dans l’arène du débat constitutionnel. Les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont ouvert ce jeudi 18 juin à Kinshasa une assemblée plénière extraordinaire de trois jours, entièrement dédiée à l’épineuse question du changement ou de la révision de la Constitution.
Face à la crispation grandissante autour d’une possible modification de la loi fondamentale, la CENCO a décidé de convoquer ses membres en urgence. Le secrétaire général de l’institution, Mgr Donatien Nshole, a justifié cette session par « la crise politique que traverse le pays autour de ce dossier ». L’objectif : analyser les enjeux, entendre toutes les parties et dégager une position commune de l’épiscopat.
La question divise profondément la classe politique depuis plusieurs mois. D’un côté, une partie de la majorité présidentielle évoque la nécessité d’adapter la Constitution aux réalités actuelles. De l’autre, l’opposition dénonce un projet qui ouvrirait la voie à un troisième mandat et fragiliserait les acquis démocratiques.
Constitutionnalistes et acteurs politiques à la table
Pour nourrir leurs réflexions, les évêques ont choisi une approche inclusive. Des constitutionnalistes indépendants ainsi que des experts proches de la majorité et de l’opposition participent aux travaux. L’idée est de confronter les arguments juridiques et politiques avant toute prise de position.
Premier temps fort de cette plénière : les auditions. Ce jeudi, le siège de la CENCO a reçu deux figures politiques majeures. Delly Sesanga, président du parti Envol, est venu défendre la ligne de l’opposition, hostile à toute modification de la Constitution en cette période. Quelques heures plus tard, Jean-Claude Tshilumbayi, cadre de l’UDPS et premier vice-président de l’Assemblée nationale, a exposé la vision de la majorité au pouvoir.
À l’issue de ces assises, prévues jusqu’au samedi 20 juin, les évêques devraient publier un message ou une exhortation pastorale à la nation. La parole de la CENCO est particulièrement scrutée en RDC. Historiquement, l’Église catholique joue un rôle de médiation et de contre-pouvoir moral lors des grandes crises politiques.
En 2016, son implication avait été décisive pour l’accord de la Saint-Sylvestre. En prenant à nouveau l’initiative sur le dossier constitutionnel, la CENCO se positionne une fois de plus comme un acteur incontournable du débat national. Reste à savoir si sa future déclaration apaisera les tensions ou marquera un tournant dans le bras de fer entre pouvoir et opposition.
Les conclusions de l’assemblée plénière sont attendues au plus tard ce samedi 20 juin.
Roger AMANI
