La prise de Nzibira par les rebelles de l’AFC-M23 n’est pas un simple épisode militaire dans la guerre qui déchire l’Est de la République démocratique du Congo. C’est un coup stratégique majeur, porteur de conséquences politiques et géographiques profondes.
Située dans le territoire de Walungu, cette cité minière est devenue un carrefour convoité, ouvrant des corridors vers plusieurs provinces clés du pays.
Nzibira, un nœud logistique vers quatre grandes régions
La chute de Nzibira offre à l’AFC-M23 un avantage territorial sans précédent, avec quatre axes de pénétration vers le centre et le sud de la RDC:
- Vers Kindu (Maniema): L’itinéraire Nzibira–Shabunda–Kalima–Kindu permettrait aux rebelles de progresser vers le centre du pays, en contournant les bastions militaires des FARDC.
- Vers Kisangani (Tshopo): En empruntant l’axe Nzibira–Shabunda–Punia–Losso–Lubutu–Kisangani, le M23 pourrait atteindre l’un des plus grands centres urbains du nord-est, stratégique pour les communications et les ressources.
- Vers le Kasaï : Le chemin Nzibira–KoboKobo–Kama–Kasongo–Kikenge–Lubao–Kabinda–Mbuji-Mayi ouvre une voie vers les provinces du centre, historiquement sensibles et politiquement cruciales.
- Vers le Grand Katanga : L’itinéraire Nzibira–KoboKobo–Kama–Bikenge–Kasongo–Kongolo–Kabalo–Anko–Manono–Bunkeya–Fungurume–Kolwezi ou Lubumbashi permettrait à l’AFC-M23 de s’approcher des zones minières les plus riches du pays.
Une prise militaire aux implications politiques
La chute de Nzibira pourrait marquer un tournant dans le conflit. Si l’option militaire continue de primer sur les négociations, cette avancée pourrait fragiliser davantage le régime en place. Des analystes estiment que la perte de cette cité pourrait être l’élément déclencheur d’un basculement politique, tant elle ouvre des voies vers des régions stratégiques et économiques.
Nzibira est également connue pour ses gisements de cassitérite, d’or et de minerais 3T (étain, tungstène, tantale), ce qui en fait une cible économique de premier plan. Le contrôle de cette zone permet à l’AFC-M23 de renforcer son autonomie financière et logistique, tout en affaiblissant les capacités de l’État congolais à sécuriser ses ressources.
Alors que les FARDC et leurs alliés Wazalendo peinent à contenir l’avancée des rebelles, la prise de Nzibira pourrait annoncer une reconfiguration du front. Le M23, en s’installant dans cette cité-pivot, pourrait redéfinir les lignes de confrontation et étendre son influence bien au-delà du Kivu.
Roger Amani
