Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) n'existe plus juridiquement. Le Conseil d'État a prononcé, ce vendredi 30 octobre 2026 à Kinshasa, la dissolution de la formation politique de l'ancien président Joseph Kabila, à l'issue d'une audience publique de sa Section du contentieux.
C'est l'épilogue d'une procédure accélérée qui aura duré quinze jours.
Chronologie d'une chute
Tout bascule le 12 octobre 2026 à Goma. L'ancien président, en exil, annonce officiellement prendre la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), mouvement politico-militaire présenté par Kinshasa comme la nouvelle vitrine de la rébellion AFC/M23.
La réponse du pouvoir ne se fait pas attendre. Le jeudi 15 octobre 2026, le Vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, signe un message officiel ordonnant la suspension des activités de 13 partis politiques sur toute l'étendue du territoire national, dont le PPRD.
Saisie par le ministère de l'Intérieur, la haute juridiction administrative inscrit l'affaire au rôle. Il s'agit du dossier RA.1424, opposant le Vice-Premier ministre de l'Intérieur au PPRD. La semaine du 21 octobre 2026 est annoncée comme décisive pour le sort des 13 partis suspendus.
Ce vendredi 30 octobre 2026, l'audience se tient à Kinshasa. Le Conseil d'État prononce la dissolution. L'information est confirmée à Actualite.cd par le ministre Jacquemain Shabani lui-même, initiateur de la requête.
Les motifs invoqués
Pour le gouvernement, la dissolution est la conséquence logique du nouveau statut de Joseph Kabila. Le PPRD, fondé en 2002 par l'ancien président, est désormais considéré comme la branche politique d'une rébellion armée.
« Les autorités reprochent notamment à l’ancien chef de l’État, présenté comme l’autorité morale du PPRD, son implication politique et militaire auprès du FRN, dans un contexte où cette plateforme est associée à la rébellion active dans l’Est de la RDC », rapporte plusieurs sources.
Dans le camp du pouvoir, plusieurs responsables ont salué la décision, invoquant la loi sur les partis politiques qui interdit toute collusion avec des groupes armés.
Une défense qui crie à l'arbitraire
Côté PPRD, le silence domine. Plusieurs hauts cadres Aubin Minaku, Emmanuel Shadary Ramazani et Dunia Kilanga, respectivement vice-président, secrétaire permanent et secrétaire national sont toujours en détention depuis la vague d'arrestations qui a suivi le 12 octobre.
Sous couvert d'anonymat, les cadres encore libres dénoncent une décision « arbitraire », rendue selon eux au mépris du principe du contradictoire et des droits de la défense. Ils rappellent qu'une notification similaire du Tribunal de grande instance de Kinshasa-Gombe adressée dès le 27 octobre 2025 au secrétaire permanent du PPRD avait déjà tenté d'entraver le parti.
Pour eux, la dissolution de ce vendredi ne fait qu'entériner une volonté politique d'effacer une formation qui a longtemps constitué l'une des principales forces politiques du pays sous la présidence Kabila.
Avec la disparition juridique du PPRD, le pouvoir pense avoir tourné la page Kabila. Reste à savoir si effacer un parti de 24 ans d'histoire suffit à éteindre son influence, alors que son autorité morale a désormais choisi les armes à l'Est.
Roger AMANI
