C'est un tournant majeur pour l'industrie minière congolaise. Dans un arrêté interministériel signé le mercredi 6 août 2026 à Kinshasa par les ministres des Mines, du Commerce extérieur et de l'Économie Nationale, le gouvernement de la République démocratique du Congo a décidé d'interdire avec effet immédiat l'exportation des concentrés de cuivre et de cobalt.
Premier producteur mondial de cobalt et l'un des piliers de la production mondiale de cuivre, le pays veut tourner la page de l'exportation brute. Pendant des décennies, une part importante de sa richesse a quitté le territoire sous forme de concentrés, un produit semi-brut à faible valeur, pour être transformé et valorisé à l'étranger, notamment en Chine et en Zambie. Cette ère est désormais révolue. L'exécutif entend imposer la transformation locale et ne plus autoriser que l'exportation de produits à plus forte valeur ajoutée, comme les cathodes de cuivre et l'hydroxyde de cobalt.
La décision concerne directement plusieurs poids lourds de l'industrie opérant dans le Grand Katanga, dont Glencore, Ivanhoe Mines, CMOC, Huayou Cobalt et Zijin Mining. Ces groupes, qui assurent l'essentiel de la production nationale, vont devoir accélérer leurs investissements dans les unités de raffinage locales.
Le gouvernement se veut toutefois pragmatique. Des dérogations exceptionnelles, d'une durée maximale d'un an, pourront être accordées pour certains projets jugés stratégiques, notamment ceux dont les installations de traitement sont encore en construction ou qui sont confrontés au déficit énergétique chronique de la région. Un nouveau régime fiscal sur certains sous-produits miniers est également annoncé, après une période transitoire de trois mois à compter de la date de signature du 6 août.
Par ce geste, Kinshasa tente de reprendre la main sur ses minerais stratégiques, au risque de créer des tensions à court terme sur le marché mondial.
Roger AMANI
