Un collectif d'avocats représentant les communautés Tutsi, Banyamulenge et Hema a lancé une alerte internationale, dénonçant un "génocide silencieux" en cours en République démocratique du Congo. Dans un communiqué publié le mercredi 6 août, le collectif tire la sonnette d'alarme sur des violences systématiques qui se déroulent depuis 2017 et qui s'intensifient.
Les avocats, basés à Bukavu, Bunia, Goma, Paris, Bruxelles et Londres, affirment avoir documenté des assassinats ciblés, des tortures, des arrestations arbitraires, des pillages et des discours de haine à caractère ethnique.
Drones et milices : des Banyamulenge menacés à Minembwe
Le communiqué met en lumière la situation à Minembwe, où les populations Banyamulenge seraient menacées par l'utilisation de drones de combat déployés depuis Bujumbura, dans le cadre d'une coopération militaire entre le Burundi et la RDC. De plus, le collectif accuse les autorités de distribuer des armes aux milices Wazalendo, Imbonerakure et FDLR, qui continuent de cibler les Banyamulenge malgré les accords signés à Doha et Washington.
Le collectif dénonce également l'arrestation de M. Ruboneka Laurent, un membre influent de la communauté Banyamulenge au Burundi, qui aurait été extradé vers Kinshasa sans procédure légale.
Allégations de collusion entre les FARDC et la milice CODECO
Le document accuse des unités des Forces armées de la RDC (FARDC) de collaborer avec la milice CODECO, responsable de crimes de masse en Ituri. Des vidéos et des témoignages attestent de cette collusion, notamment lors des massacres de civils Hema à Losadera et au site de Tchée en juillet. Des attaques récentes à Drodro et Rara, qui ont fait de nombreuses victimes, auraient également été menées sous le commandement d'un officier des FARDC, selon les avocats, qui prévoient des poursuites judiciaires.
Le collectif dénonce une intensification des discours de haine et affirme avoir identifié leurs auteurs. Il a annoncé qu'une liste des "hate speakers" les plus virulents sera rendue publique, et appelle à l'action des signataires des accords de Doha et Washington.
Par ailleurs, les avocats affirment que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) continuent d'opérer dans le Nord-Kivu avec le soutien de l'appareil étatique et militaire congolais. Ils accusent les FARDC de leur fournir des armes, avec l'autorisation de hauts responsables politiques.
Un appel urgent à la Cour Pénale Internationale
Le Collectif des avocats déclare avoir transmis toutes les preuves et témoignages au bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Il en appelle à une réaction rapide des autorités judiciaires et diplomatiques pour mettre fin à ce qu'il qualifie de génocide silencieux.
Cette dénonciation met une pression supplémentaire sur le gouvernement congolais et la communauté internationale, les exhortant à agir pour protéger les populations menacées et faire respecter la justice.
Rédaction
