Dans un paysage évangélique congolais de plus en plus traversé par les débats politiques, le pasteur Marcello Jérémie Tunasi a choisi de se démarquer. Le fondateur de l’église La Compassion, l’une des figures les plus influentes du Réveil en RDC, a publié ce mercredi 24 juin un message à la nation dans lequel il revendique une stricte neutralité face au projet de changement constitutionnel qui agite la classe politique et la société civile.
« Choisir un camp contre un autre reviendrait à diviser la famille spirituelle que Dieu nous a confiée », écrit le prédicateur. Se définissant comme « père spirituel de tous », il rappelle que son église réunit chaque semaine des fidèles de tous bords : proches du pouvoir, membres de l’opposition et citoyens sans affiliation politique. Pour lui, l’unité de cette communauté prime sur les clivages partisans.
Ce positionnement tranche avec l’attitude adoptée ces dernières semaines par plusieurs leaders du Réveil. Certains pasteurs ont publiquement apporté leur soutien à la révision constitutionnelle défendue par la majorité présidentielle. D’autres, à l’inverse, ont rejoint la Conférence épiscopale nationale du Congo dans son opposition au projet. Entre ces deux pôles, Marcello Tunasi trace une troisième voie : celle du dialogue et de la préservation de la cohésion nationale.
Dans son message, le pasteur de La Compassion insiste sur sa mission première. « Il me paraît important de rappeler, avec humilité et sincérité, que ma mission première demeure la prédication de l’Évangile de Jésus-Christ, l’annonce de l’amour de Dieu et le rassemblement des âmes autour des valeurs du Royaume de Dieu », souligne-t-il. Il dit porter « dans son cœur toutes les personnes, quelles que soient leurs convictions, leurs sensibilités ou leurs appartenances ».
Loin de se désintéresser des enjeux du pays, Marcello Tunasi précise que son engagement reste « du côté de la justice, de la paix, de l’égalité, du développement de notre nation, du respect de la dignité humaine et du bonheur du peuple congolais ». Il appelle à éviter « la haine, les divisions et les affrontements inutiles » dans un contexte qu’il juge déjà marqué par de nombreux défis. « La République Démocratique du Congo est une grande nation, appelée à une grande destinée. Nous faisons déjà face à suffisamment de défis et d’ennemis pour éviter de nous déchirer entre nous », martèle-t-il.
Son appel résonne comme une mise en garde adressée à l’ensemble de la classe socio-politique et religieuse. « Ce n’est pas le temps de la haine, des divisions ou des affrontements inutiles, mais celui du dialogue, du respect mutuel, de la sagesse et de l’unité », insiste-t-il. Avant de conclure : « Nous pouvons avoir des opinions différentes tout en préservant l’amour, la paix et l’honneur de notre nation. Que le Seigneur bénisse abondamment la République Démocratique du Congo, ses autorités, son peuple et toute l’Église du Christ. Shalom ».
À deux ans d’échéances politiques majeures, cette prise de parole replace la question du rôle des leaders religieux dans le débat public. Entre engagement partisan et réserve pastorale, le choix de Marcello Tunasi relance la réflexion sur la place de l’Église dans une société congolaise en quête de repères.
Roger AMANI
