L’opposant congolais Martin Fayulu a vivement critiqué le pouvoir en place ce vendredi 8 mai à Kinshasa, à l’occasion d’une conférence de presse consacrée à la question de la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo. Le président de l’ECiDé y a dénoncé ce qu’il considère comme une menace sérieuse contre la cohésion nationale et l’ordre démocratique.
Dans une déclaration au ton particulièrement ferme, Fayulu a averti contre les conséquences historiques qu’aurait, selon lui, une modification controversée de la Constitution sous le mandat de Félix Tshisekedi.
« Ce serait extrêmement grave que le fils d’Étienne Tshisekedi soit retenu par l’histoire comme celui ayant affaibli la cohésion nationale et entériné la balkanisation du pays », a-t-il déclaré devant les journalistes.
L’opposant accuse le député Paul Gaspard Ngondankoy d’être à l’origine d’une initiative législative qu’il qualifie de « tentative de coup d’État constitutionnel ». Selon lui, cette proposition de loi référendaire viserait indirectement à ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel, malgré les limitations prévues par la Constitution congolaise.
Dans son analyse, Martin Fayulu estime que le texte présente une contradiction majeure. D’un côté, certaines dispositions réaffirmeraient le caractère intangible des articles 218 à 220 de la Constitution, mais de l’autre, les articles 87 à 90 introduiraient une possibilité de dérogation en cas de « dysfonctionnement majeur ».
Pour le leader de l’ECiDé, cette disposition constituerait une « porte dérobée » susceptible de contourner les garde-fous constitutionnels.
Au cours de son intervention, Fayulu a également réagi aux récentes déclarations du président Félix Tshisekedi, qu’il interprète comme des signaux d’une volonté de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028. Il a notamment évoqué le contexte sécuritaire dans l’Est du pays, craignant une instrumentalisation de la guerre pour justifier un éventuel report des élections.
S’appuyant sur les manifestations de janvier 2015 qui avaient poussé le régime de Joseph Kabila à retirer une disposition contestée de la loi électorale, l’opposant appelle à une mobilisation politique et citoyenne afin de barrer la route à toute modification qu’il juge anticonstitutionnelle.
Martin Fayulu demande également aux députés nationaux de supprimer les dispositions controversées et estime que les auteurs de cette initiative devraient répondre de leurs actes devant la justice.
Par ailleurs, il a affirmé que le peuple congolais ne laissera pas passer une modification des règles démocratiques qu’il considère comme illégitime.
Selon lui, comme lors des précédentes crises politiques, toute tentative de passage en force rencontrera une forte résistance populaire. Il a enfin insisté sur le fait que le président actuel devra respecter les limites constitutionnelles et quitter le pouvoir à l’issue de son mandat en 2028.
