Au total 17 015 cas de violations des droits de l’homme ont été documentés à Goma et Bukavu, chefs-lieux respectifs des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, selon un rapport officiel rendu public samedi 21 février à Kinshasa à l’issue d’un atelier consacré à la situation des droits humains dans les zones sous contrôle de la coalition M23-AFC-RDF.
Organisé par le Ministère des Droits humains, cet atelier a réuni durant dix jours des experts nationaux, des représentants des services étatiques ainsi que des acteurs de la société civile afin de recouper, vérifier et analyser les informations relatives aux exactions commises contre des populations civiles dans les villes de Goma et Bukavu.
Un rapport présenté par la Première ministre
Le rapport a été présenté par la Première ministre, Judith Suminwa, qui s’est dite déterminée à porter à la connaissance de la communauté internationale l’ampleur des atrocités perpétrées dans l’Est du pays contre les populations congolaises.
Dans un communiqué de la Primature de la République démocratique du Congo, parvenu dimanche à la presse, la cheffe du gouvernement a affirmé que ces conclusions constituent « une base factuelle solide » pour documenter les violations graves des droits humains attribuées à la coalition M23-AFC-RDF, présentée par les autorités congolaises comme soutenue par le Rwanda.
« Durant dix jours, les experts ont recoupé et analysé les informations concernant les atrocités commises sur de paisibles citoyens : violences faites aux femmes, destruction d’infrastructures sociales et déplacements internes massifs. Au moins 17 015 cas d’atteinte à la vie et à l’intégrité physique ont été renseignés », indique le communiqué officiel.
15 769 atteintes à la vie recensées
Selon les données compilées dans le rapport, sur les 17 015 cas documentés : 15 769 concernent des atteintes à la vie ; 829 sont des cas d’enlèvements ; et 417 relèvent d’actes de torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Les experts évoquent également des violences sexuelles, des destructions ciblées d’infrastructures publiques – notamment des établissements scolaires, des structures sanitaires et des bâtiments administratifs – ainsi que des pillages systématiques.
Le document souligne que ces exactions ont entraîné des déplacements massifs de populations. À ce jour, environ 7,4 millions de personnes sont comptabilisées comme déplacées internes et externes à travers le pays, une situation qualifiée de « crise humanitaire majeure » par les autorités.
Goma et Bukavu, épicentres de la crise
Les villes de Goma, dans le Nord-Kivu, et Bukavu, dans le Sud-Kivu, figurent parmi les zones les plus touchées par la recrudescence des violences armées dans l’Est de la RDC. Ces centres urbains stratégiques, qui abritaient déjà un grand nombre de déplacés avant les récents affrontements, ont connu une détérioration rapide de la situation sécuritaire et humanitaire.
Le rapport fait état d’exécutions sommaires, d’enlèvements ciblés, de disparitions forcées et d’actes de torture visant des civils, dont des femmes et des enfants. Il mentionne également l’occupation ou la destruction de plusieurs infrastructures sociales, aggravant l’accès aux services de base pour des milliers de familles.
Au cours de la présentation, la Première ministre a insisté sur la nécessité d’une mobilisation accrue de la communauté internationale afin de faire cesser les violences et d’engager des mécanismes de reddition des comptes.
Elle a réaffirmé la volonté du gouvernement congolais de documenter de manière rigoureuse les violations des droits humains, en vue d’éventuelles poursuites judiciaires au niveau national et international.
« Le monde doit être éclairé sur les affres commises dans l’Est du pays contre le peuple congolais », a-t-elle déclaré, selon le communiqué de la Primature.
Vers des actions judiciaires ?
Le rapport issu de l’atelier de Kinshasa devrait, selon des sources gouvernementales, servir de base à des démarches diplomatiques et judiciaires. Il pourrait notamment être transmis à des instances régionales et internationales compétentes en matière de droits humains.
Les autorités congolaises entendent également renforcer les mécanismes internes de collecte et de centralisation des données sur les violations, en collaboration avec les organisations de défense des droits humains et les partenaires techniques.
Dans un contexte marqué par la persistance des affrontements dans l’Est du pays, la publication de ce rapport vient relancer le débat sur la protection des civils et la lutte contre l’impunité, alors que des millions de Congolais continuent de vivre dans la précarité et l’insécurité.
