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POLITIQUE
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Vendredi 09 octobre 2026

Nombre de lectures: 100

RDC : Pourquoi l’ancien président Joseph Kabila a-t-il attendu le mois d’octobre pour prendre la parole ? Analyse

En politique congolaise, rien n’est laissé au hasard. Et surtout pas les dates. Si Joseph Kabila Kabange, resté longtemps dans un silence quasi-monacal, a choisi de rompre ce silence au mois d’octobre, ce n’est pas une coïncidence de calendrier. C’est un message politique en soi.

Après plusieurs mois de discrétion, l’ancien chef de l’État est sorti de sa réserve. Comme le rappelle la presse internationale, sa dernière prise de parole publique remontait déjà à octobre dernier, au lendemain de sa condamnation à mort par la justice congolaise. Une nouvelle fois, il revient en octobre. Pourquoi ce mois?

Parce que le 23 octobre est devenu, au fil des décennies, une date-miroir de l’histoire politique du Congo.

Octobre, le mois des ruptures

Il faut remonter au 13 octobre 1965. Ce jour-là, le président Joseph Kasa-Vubu révoque Moïse Tshombe et nomme Évariste Kimba Premier ministre. C’est l’acte qui précipite la crise institutionnelle finale de la Première République. Un mois plus tard, le 24 novembre, le général Mobutu prend le pouvoir pour 32 ans.

27 octobre 1971. Mobutu Sese Seko, à bord du yacht présidentiel Kamanyola, décrète le changement de nom de la République du Congo en République du Zaïre. C’est l’acte de naissance officiel de la politique d’Authenticité et de la Zaïrianisation. Un changement d’identité qui allait marquer toute une génération.

23 octobre 1996. Depuis Lemera, dans le territoire d’Uvira, chef-lieu de la chefferie des Bafuliru, est signé l’Accord de Lemera. L’histoire officielle retient la date du 18 octobre pour la création de l’AFDL, mais dans la mémoire collective de l’Est, la fin octobre 1996 reste le point de bascule : le début de la première guerre du Congo, qui conduira à la chute de Mobutu et à l’arrivée au pouvoir de Mzee Laurent-Désiré Kabila, père de Joseph Kabila.

23 octobre 2020. Depuis Kinshasa, Félix Tshisekedi lance ses consultations nationales. L’objectif est assumé : faire basculer la majorité parlementaire et signer l’acte de décès de la coalition FCC-CACH, la coalition qui le liait à son prédécesseur Joseph Kabila. C’est la rupture politique qui a redessiné le paysage actuel.

23 octobre 2024. Depuis Kisangani, le président Tshisekedi qualifie publiquement, pour la première fois, la Constitution de 2006 d’«espèce de Constitution des étrangers, rédigée à l’étranger par les étrangers et pour les étrangers ». Une déclaration qui a ouvert le débat sur le changement ou la révision constitutionnelle, et qui a provoqué la sortie de Joseph Kabila, qui disait vouloir « défendre la Constitution ».

La politique des symboles

En choisissant octobre, Joseph Kabila ne parle pas seulement au présent. Il s’inscrit dans une généalogie.

Parler en octobre, c’est se poser en gardien de la continuité de l’État face à ce qu’il considère comme des ruptures successives. C’est rappeler que chaque grand tournant du Congo s’est joué à cette période de l’année. C’est aussi, pour celui qui se présente comme le « Raïs », père de l’alternance de 2018, opposer sa propre lecture de l’histoire à celle de son successeur.

Sa stratégie est désormais claire : après des discours solennels et des tribunes, il est passé aux interviews au vitriol, appelant à « mettre fin au régime Tshisekedi et à balayer le système ».

Il y a dans cette communication une constante kabiliste : « Je suis convaincu que le temps est le meilleur allié de la vérité, un antidote lent mais puissant contre le venin du mensonge et de la délation », déclarait-il lors de sa sortie après la levée de son immunité. 

Le temps, donc. Et octobre comme allié.

Loin d’être une simple date sur un calendrier, le mois d'octobre fonctionne comme un marqueur idéologique. Il rappelle que le pouvoir au Congo s’est toujours conquis et perdu en octobre. En choisissant de revenir précisément à ce moment, Joseph Kabila envoie un double message : à ses partisans, que l’histoire n’est pas finie ; à ses adversaires, que le cycle pourrait se refermer.

Les choix des dates sont symboliques. En RDC, ils ne sont jamais anodins.


Roger AMANI

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Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Vendredi 09 octobre 2026

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