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POLITIQUE
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Mercredi 16 septembre 2026

Nombre de lectures: 89

RDC : Pourquoi le pouvoir a-t-il si peur de l'opposition « ya nzala » ?

Il y a des phrases qui poursuivent un pouvoir. Pendant des mois, depuis les estrades officielles, on l'a entendue, martelée avec un sourire de supériorité. L'opposition congolaise ne serait qu'une affaire de vent. Une opposition « ya pete », une opposition « ya nzala », affamée, sans peuple, sans souffle. C'est ainsi que Félix Tshisekedi et son camp l'ont raillée, persuadés d'avoir enterré le débat par le mépris.

Ce mardi 15 septembre 2026, le vent a pris la forme d'une foule.

Dès l'aube, Kinshasa s'est réveillée sous une tension que plus personne ne peut minimiser. Ce devait être une simple rentrée parlementaire, une session ordinaire de septembre qui s'ouvre à treize heures au Palais du Peuple. C'est devenu une journée de bras de fer national. Car la Coalition Article 64, la C64 qui rassemble les figures les plus connues de l'opposition, de Martin Fayulu à Moïse Katumbi en passant par Jean-Marc Kabund, Matata Ponyo et Delly Sesanga, avait fixé ce jour comme celui de sa démonstration de force. Une marche pacifique, sur l'ensemble du territoire, pour dire non à ce qu'elle considère comme une manœuvre : le projet de changement de Constitution.

Au cœur de la contestation, il y a ce texte sur l'organisation du référendum, renvoyé au Parlement après les réserves de la Cour constitutionnelle. Pour la C64, ce renvoi n'est ni un retrait ni un abandon. C'est une parenthèse stratégique, à sept cent soixante-quatre jours de la convocation de la prochaine présidentielle, pour préparer le terrain d'un troisième mandat. Une ligne rouge que l'opposition place sur les articles intangibles, le 220 et le 70, ceux qui verrouillent la durée et le nombre de mandats.

Face à cette annonce, le pouvoir a répondu par le langage qu'il maîtrise le mieux depuis quelques mois : l'encerclement et l'interdiction. À Lubumbashi, comme dans plusieurs grandes villes, les sièges des partis de la C64 ont été bouclés dès la matinée par d'importants dispositifs policiers et militaires. On empêche de sortir pour empêcher de marcher. À Kinshasa, la marche a bien été autorisée, mais à condition de ne pas s'approcher du symbole qu'elle visait. Le Palais du Peuple, point de chute initial, a été déclaré inviolable. Après une réunion nocturne à l'Hôtel de Ville, les autorités ont dérouté le cortège vers les abords du siège de l'ECiDé. Une autorisation sous contrôle, qui en dit long sur la nervosité du moment.

Et c'est tout le paradoxe de ce 15 septembre. Comment expliquer qu'un pouvoir qui se dit sûr de lui déploie autant d'énergie contre une opposition qu'il décrit lui-même comme inexistante ? Pourquoi sortir les uniformes, les barrières et les communiqués pour contrer du vide ? Une opposition « ya pete » qu'on encercle avec des blindés, une opposition « ya nzala » qui oblige l'État à renforcer les accès à son Parlement le jour même de sa rentrée, ce n'est plus une opposition faible. C'est une opposition qui est prise au sérieux.

La Commission nationale des droits de l'homme a beau rappeler que manifester est un droit constitutionnel et que la journée doit rester une expression démocratique et non une confrontation, la réalité du terrain raconte une autre histoire. Celle d'un pouvoir qui a longtemps joué la carte du dédain et qui découvre que le dédain ne fait pas disparaître la colère.

Hier, on riait d'elle. Aujourd'hui, c'est le pouvoir qui serre les dents. La leçon de ce 15 septembre est brutale et limpide : en politique, on ne mesure jamais la force d'une opposition à l'insulte qu'on lui jette, mais à la peur qu'elle finit par inspirer à ceux qui la méprisaient.


Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste

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Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste.

Publié le Mercredi 16 septembre 2026

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