Une onde de choc politique traverse la République démocratique du Congo après les informations faisant état de la proclamation de Robert Agenonga, député national congolais élu en 2023 dans le territoire de Mahagi (province de l’Ituri), comme nouveau député en République d’Ouganda à l’issue des élections législatives organisées en 2026 dans ce pays voisin.
L’annonce, rendue publique ce mercredi 11 février 2026 par l’intéressé lui-même, a immédiatement déclenché une vive controverse, ouvrant la voie à une crise politico-institutionnelle majeure, dans la mesure où elle soulève la question hautement sensible d’un double mandat parlementaire entre deux États souverains : la RDC et l’Ouganda.
Selon plusieurs sources concordantes proches du dossier, Robert Agenonga, déjà détenteur d’un mandat législatif en RDC, figurerait sur la liste officielle des députés récemment proclamés en Ouganda, à la suite d’un scrutin dont les détails restent encore à préciser publiquement.
Si cette proclamation venait à être confirmée par les autorités ougandaises et congolaises, elle constituerait un cas inédit et potentiellement explosif dans l’histoire politique récente de la région des Grands Lacs.
Une situation aux allures de scandale d’État
En République démocratique du Congo, Robert Agenonga est connu comme député national élu de Mahagi lors des élections générales de 2023, où il avait récolté près de 20 000 voix, sous la bannière du regroupement politique 4AC.
Son élection avait été saluée localement, notamment pour son discours axé sur la protection de l’environnement, la gestion durable des ressources naturelles et la défense de certains intérêts communautaires dans une zone frontalière stratégiquement sensible.
Cependant, la proclamation de cet élu comme député en Ouganda vient brutalement assombrir son image et placer l’homme au centre d’un dossier pouvant être interprété, au regard des lois congolaises, comme un acte de rupture de loyauté politique, voire une atteinte grave à la souveraineté nationale.
Car au-delà de la simple polémique, l’affaire soulève une question fondamentale : comment un député congolais en fonction peut-il être simultanément proclamé député dans un autre pays ?
Un casse-tête juridique aux conséquences imprévisibles
Dans les milieux juridiques et politiques congolais, cette situation est considérée comme une zone rouge constitutionnelle.
La Constitution de la RDC encadre strictement les conditions d’éligibilité aux fonctions électives, notamment les critères liés à la nationalité et aux incompatibilités. De plus, l’exercice d’un mandat public dans un État étranger pourrait être interprété comme une violation des dispositions relatives à la représentation nationale et à la fidélité aux institutions.
Plusieurs analystes estiment qu’une telle situation pourrait entraîner : la mise en cause du mandat congolais de l’intéressé ; l’ouverture d’une procédure de déchéance à l’Assemblée nationale ; une enquête sur une possible double nationalité dissimulée, si elle était établie ; voire des poursuites pour atteinte à la sûreté de l’État, selon la gravité des conclusions.
Dans un pays marqué par une histoire politique complexe et des tensions permanentes dans l’Est, une affaire de cette nature pourrait provoquer un débat national sur la citoyenneté, la double appartenance politique et la vulnérabilité des institutions face à des influences extérieures.
Silence troublant des institutions congolaises
Au moment de la rédaction de cette dépêche, aucune communication officielle n’avait encore été faite par : l’Assemblée nationale de la RDC ; la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ; le gouvernement congolais ; ni même les autorités judiciaires compétentes.
Ce silence, jugé préoccupant par une partie de l’opinion, renforce l’inquiétude autour d’un dossier qui pourrait rapidement prendre une dimension nationale, voire internationale.
Dans les rangs de la classe politique, plusieurs voix commencent à s’interroger sur la capacité des institutions à contrôler la conformité des mandats, surtout dans les provinces frontalières où les liens communautaires et économiques avec les pays voisins sont souvent profonds.
Kampala également attendue au tournant
Du côté ougandais, les autorités électorales n’ont pas encore publié de déclaration détaillée permettant de clarifier les circonstances exactes de la proclamation de Robert Agenonga, ni de préciser la circonscription concernée, les conditions d’éligibilité ou les éléments administratifs ayant permis cette participation.
Cette absence de clarification officielle alimente des spéculations et pousse certains observateurs à évoquer une affaire pouvant cacher des enjeux plus vastes, notamment liés à la diplomatie, aux alliances politiques régionales et aux stratégies d’influence.
Pour de nombreux Congolais, la question est simple mais lourde : comment Kampala peut-elle proclamer député un élu déjà en fonction à Kinshasa ?
Un contexte régional déjà explosif entre la RDC et l’Ouganda
Cette affaire survient dans un climat régional particulièrement délicat. Les relations entre la RDC et l’Ouganda, bien que marquées par des périodes de coopération, restent fragiles en raison de plusieurs dossiers sensibles, notamment : la sécurité dans l’Est de la RDC ; les opérations militaires conjointes ; les soupçons récurrents d’ingérences régionales ; les tensions frontalières ; et les rivalités d’influence dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
Ainsi, l’annonce d’un député congolais proclamé élu en Ouganda est perçue par certains comme un signal inquiétant, susceptible de raviver des tensions diplomatiques et de nourrir la suspicion d’une infiltration politique dans les institutions congolaises.
Pour une partie de l’opinion publique, ce dossier risque d’être interprété comme un danger de pénétration politique étrangère au sein même de la représentation nationale congolaise.
Une affaire qui touche à la souveraineté nationale
Dans les milieux nationalistes et au sein de plusieurs organisations citoyennes, cette nouvelle est déjà qualifiée de scandale institutionnel. Plusieurs acteurs de la société civile estiment qu’un élu censé défendre les intérêts du peuple congolais ne peut, en même temps, prétendre représenter les intérêts d’un autre peuple au sein d’un autre Parlement.
Cette situation, si elle se confirme, poserait frontalement la question de la souveraineté, du patriotisme politique et de la crédibilité du système électoral congolais.
Certains observateurs redoutent que ce dossier ne fragilise davantage la confiance des populations dans leurs institutions, déjà fortement éprouvée par des crises sécuritaires, économiques et sociales persistantes.
Vers une tempête politique à l’Assemblée nationale ?
En coulisses, plusieurs élus et cadres politiques à Kinshasa évoquent déjà la nécessité d’une réaction immédiate de l’Assemblée nationale, notamment à travers : la convocation de Robert Agenonga pour une audition officielle ; la mise en place d’une commission parlementaire d’enquête ; l’examen des pièces administratives liées à sa nationalité ; et la vérification de toute implication dans des fonctions publiques étrangères.
Une telle démarche pourrait rapidement mettre le regroupement politique 4AC sous pression, et provoquer une bataille politique interne, surtout si l’affaire venait à être exploitée dans le cadre des rivalités entre camps politiques.
En attendant une confirmation officielle des autorités congolaises et ougandaises, l’affaire Robert Agenonga continue de susciter une avalanche de réactions, tant dans les cercles politiques que sur les réseaux sociaux.
Pour de nombreux analystes, ce dossier pourrait constituer un tournant majeur dans le débat sur la double nationalité, la transparence des candidatures, ainsi que les mécanismes de contrôle des élus dans un pays confronté à des défis de sécurité et d’intégrité territoriale.
Si les faits sont établis, ils pourraient déboucher sur une crise politique d’ampleur, des sanctions institutionnelles et un débat national sur la nécessité de renforcer les dispositifs juridiques afin d’empêcher que des responsables congolais ne se retrouvent au cœur de conflits d’intérêts internationaux.
D’ici là, l’opinion publique attend des réponses claires. Car au-delà d’un simple cas individuel, cette affaire touche à un principe fondamental : la représentation du peuple congolais ne peut être partagée avec un autre État sans mettre en péril la souveraineté nationale.
Augustin Ndjabu, depuis Bunia
