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RELIGION
Christian Balemba, correspondant au Sud-Kivu

Publié le Jeudi 29 octobre 2026

Nombre de lectures: 14

RDC : trente ans après l’assassinat de Mgr Munzihirwa, sa béatification toujours attendue

Trente ans après son assassinat à Bukavu, le 29 octobre 1996, Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo reste une figure marquante de l’Église catholique en République démocratique du Congo. Connu pour son courage pastoral et son engagement en faveur des populations civiles, l’ancien archevêque de Bukavu continue d’incarner une voix de paix et de justice dans une région éprouvée par les conflits armés. Alors que sa cause de béatification, ouverte en 2016, demeure en attente d’un aboutissement officiel, son témoignage conserve une forte résonance dans l’est du pays.

Un archevêque assassiné en pleine crise sécuritaire

Né en 1926 à Lukumbo, dans l’actuelle province du Sud-Kivu, Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo était membre de la Compagnie de Jésus, communément appelée les jésuites. Nommé archevêque de Bukavu en 1994, il a exercé son ministère dans un contexte régional marqué par les tensions politiques et militaires, les conséquences du génocide des Tutsi au Rwanda et l’arrivée massive de réfugiés dans l’est du Zaïre, devenu la République démocratique du Congo en 1997.

À la fin du mois d’octobre 1996, alors que les affrontements s’intensifiaient dans le Sud-Kivu et que Bukavu était menacée, l’archevêque s’est préoccupé du sort des populations civiles. Il a notamment élevé la voix pour défendre la paix et dénoncer les conséquences humaines de la crise qui secouait la région.

Le 29 octobre 1996, il a été assassiné à Bukavu, au début de la première guerre du Congo. Sa disparition a profondément marqué l’Église catholique locale ainsi que les communautés auprès desquelles il avait choisi de poursuivre sa mission malgré les dangers.

Son engagement lui a valu d’être considéré comme une figure prophétique de l’Église congolaise. En novembre 1996, le cardinal Joseph Tomko, alors préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, avait salué en lui un prophète et une personnalité précieuse pour l’Afrique, le Congo et la région des Grands Lacs.

Une béatification toujours attendue

Trente ans après sa mort, la reconnaissance officielle de la sainteté de Mgr Christophe Munzihirwa demeure un sujet d’attente pour de nombreux fidèles du Sud-Kivu. Sa cause de béatification a été officiellement ouverte en 2016, avant la clôture de la phase diocésaine de l’enquête en octobre 2018 à Bukavu. Le dossier a ensuite été transmis à Rome pour la poursuite de la procédure canonique.

Cette étape constituait une avancée importante, mais elle ne signifiait pas que la béatification était acquise. Dans l’Église catholique, une telle reconnaissance repose sur un examen approfondi de la vie du candidat, de ses écrits, de ses vertus et des témoignages disponibles, conformément aux règles établies par le Saint-Siège.

En mars 2019, dans un entretien publié par Vatican News, l’abbé Boniface Kanozire Birindwa, alors vice-postulateur de la cause, avait expliqué les démarches engagées. En octobre 2020, le jésuite Rigobert Kyungu avait également appelé les fidèles à la patience, à l’espérance et à la prière.

En octobre 2024, à l’occasion du 28ᵉ anniversaire de l’assassinat de l’ancien archevêque, Vatican News a apporté de nouvelles précisions sur l’évolution du dossier. Selon l’abbé Boniface Kanozire, président du Tribunal ecclésiastique interdiocésain de Bukavu et vice-postulateur de la cause, la procédure se trouvait alors à l’étape de la reconnaissance et du discernement théologique.

Le responsable ecclésiastique avait rassuré les fidèles sur la poursuite du processus, tout en les invitant à laisser aux autorités compétentes de Rome le temps nécessaire pour examiner le dossier. Il avait également encouragé les chrétiens à continuer de prier pour un aboutissement favorable de la cause.

Ces précisions montrent que la procédure suit un parcours qui exige patience et rigueur. L’examen des écrits, des témoignages et des éléments théologiques constitue une étape importante avant toute décision officielle.

Des consignes précises aux fidèles dans l’attente

En octobre 2024, l’archidiocèse de Bukavu avait également rappelé certaines règles relatives au respect de la procédure canonique en cours.

L’abbé Boniface Kanozire avait notamment expliqué que les fidèles devaient s’abstenir d’organiser un culte public à Mgr Munzihirwa avant sa reconnaissance officielle par l’Église. Les initiatives privées de prière pour la cause, ainsi que les activités visant à faire connaître sa vie, ses vertus et son témoignage, demeuraient encouragées.

Le vice-postulateur avait ainsi invité les communautés chrétiennes à contribuer à la transmission de son héritage à travers des activités culturelles, des conférences, des émissions et d’autres initiatives de sensibilisation.

Cette démarche vise à préserver la mémoire de l’ancien archevêque tout en respectant les exigences de l’Église catholique. Elle rappelle également que la renommée dont bénéficie une personnalité religieuse ne se confond pas avec une proclamation officielle de béatification.

À ce jour, aucune béatification de Mgr Christophe Munzihirwa n’a été officiellement proclamée. L’issue de la procédure et son calendrier demeurent donc tributaires des étapes de discernement et de décision prévues par l’Église.

Un message toujours actuel dans l’est de la RDC

Au-delà de la procédure canonique, l’héritage de Mgr Munzihirwa interpelle une région qui continue de faire face aux violences armées, aux déplacements de populations et aux crises humanitaires.

Son parcours rappelle le rôle que peuvent jouer les responsables religieux dans les périodes de grande instabilité : défendre la dignité humaine, accompagner les personnes vulnérables et appeler à la paix, même lorsque la prise de parole comporte des risques.

La portée de son témoignage se mesure également à la place accordée à la protection des civils, à la solidarité avec les victimes des conflits et au refus de l’injustice. Autant de principes qui demeurent essentiels pour les communautés confrontées à l’insécurité dans l’est de la République démocratique du Congo.

Pour les jeunes générations, la transmission de cette mémoire représente aussi un enjeu historique et éducatif. Faire connaître son parcours permet de mieux comprendre les crises qui ont marqué le Sud-Kivu depuis les années 1990, tout en rappelant les responsabilités de chacun dans la construction d’une société plus juste et plus pacifique.

Préserver son héritage au-delà des commémorations

À Bukavu et dans les milieux catholiques du Sud-Kivu, les prières, les célébrations commémoratives et les initiatives de sensibilisation contribuent à entretenir le souvenir de l’ancien archevêque.

Toutefois, la transmission de son héritage ne saurait se limiter à l’anniversaire de sa mort. Elle suppose également de faire connaître ses prises de position, de préserver les traces de son engagement et de traduire les valeurs qu’il défendait en actions concrètes.

La distinction entre mémoire populaire et reconnaissance canonique reste fondamentale. Si de nombreux fidèles voient en lui un témoin exemplaire de l’Évangile et un défenseur courageux des populations, la décision de le proclamer bienheureux relève de l’autorité compétente de l’Église catholique.

En attendant cette éventuelle reconnaissance, son héritage continue ainsi de nourrir la réflexion sur la responsabilité morale, la justice, la solidarité et la paix.

Trente ans après, son témoignage demeure

En ce 29 octobre 2026, trente ans après l’assassinat de Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, sa cause de béatification reste en attente d’une décision officielle, tandis que son nom demeure associé au courage pastoral et à la défense de la dignité humaine.

Cette attente ne permet ni de préjuger de l’issue de la procédure ni d’en fixer l’échéance. Elle invite néanmoins les fidèles à poursuivre la prière et à préserver la mémoire d’un homme dont le ministère s’est déroulé au cœur d’une période particulièrement douloureuse de l’histoire du Congo.

Au-delà de la reconnaissance religieuse attendue, une question demeure : comment faire vivre aujourd’hui les valeurs pour lesquelles cet archevêque a pris position dans les heures les plus sombres de sa région ?

Trente ans après sa disparition, son témoignage continue d’interpeller l’Église, les dirigeants et l’ensemble de la société congolaise. Sa béatification reste attendue, mais son appel à la paix, à la justice et au respect de la vie humaine demeure au cœur de son héritage.

Christian Balemba

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Christian Balemba, correspondant au Sud-Kivu

Publié le Jeudi 29 octobre 2026

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